Homélie de dimanche 21 Février 2021

« Prends soin de toi ! » : Depuis une année beaucoup de gens nous disent « au revoir » en ajoutant : « Prends soin de toi ! » Beaucoup de lettres, beaucoup de mails se terminent par ce même conseil : « Prends soin de toi ! »

            Prendre soin de nous, c’est ce que nous devons faire en Carême car le Carême ce n’est pas un temps de pénitence négative où l’on va se priver et se mortifier pour expier nos péchés ; Carême c’est un temps de renouveau, de renouvellement positifs où l’on va plus que d’habitude prendre soin de notre corps, de notre intelligence, de notre âme, de notre conscience, de notre cœur, de notre regard, pour cultiver notre santé physique, intellectuelle et spirituelle.

  • Pendant Carême, prenons soin de notre corps en nous privant de tout ce qui l’alourdit, l’appesantit, le fatigue, le détruit même et en cultivant notre santé par des activités physiques, du sport, du travail en pleine nature, en plein air où l’on respire à pleins poumons. Bien sûr, prenons aussi soin de notre santé et de celle des autres en respectant les mesures sanitaires actuelles : ces mesures sont contraignantes, embêtantes, c’est une ascèse, une discipline qui nous est imposée mais on peut la vivre positivement comme un bel effort de Carême, pas besoin d’en chercher beaucoup d’autres cette année.
  • Pendant Carême, prenons soin de notre âme, de notre vie intérieure en nous laissant habiter par Dieu, en faisant pendant ces 40 jours, une retraite spirituelle. Quand on fait une retraite, on se pose, on se calme, on met à distance l’agitation, le stress, la pression de la vie moderne et on se met face à Dieu, pour l’écouter, se laisser aimer par Lui, se laisser habiter par Lui, se laisser façonner par Lui, pour qu’il nous porte et nous emmène là où il veut nous conduire. C’est ce que Jésus fait au désert : il se remplit de Dieu pour le porter aux hommes et c’est ça la Bonne Nouvelle qu’il annonce : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », c’est-à-dire à l’Amour de Dieu qui vient se donner à vous. Alors, oui, nous aussi, pendant ces 40 jours faisons le plein de Dieu pour le porter à nos frères par nos paroles et notre témoignage ! Pour cela, prenons le temps de prières plus longues que d’habitude mais surtout plus intériorisées, plus méditées, plus approfondies, plus attentives, plus goûtées aussi comme ce psaume bien connu nous y invite : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! »
  • Pendant Carême, prenons soin de notre intelligence en la faisant réfléchir au sens que nous devons donner à notre vie en ce moment. Des évènements, des rencontres, des projets, des opportunités, de nouvelles étapes à franchir, des caps à passer, et bien sûr la pandémie actuelle et ses conséquences sur nous et notre entourage, sur notre travail, nos activités, notre pratique religieuse… tout cela nous pousse, chacun, à prendre le temps et les moyens d’une réflexion approfondie : « Quel sens donner à ma vie maintenant ? » Dans la foi, nous savons que nous ne sommes pas sur terre par hasard mais parce que Dieu a voulu qu’on existe et parce qu’en nous faisant exister, il nous donne une place à ternir dans le monde, une mission à remplir. Alors, quelle forme doit prendre en ce moment la mission que Dieu nous confie dans le secret de notre cœur ?

Jésus a médité pendant 40 jours à partir de cette question avant de commencer sa mission. Il s’est préparé en demandant à son Père ce qu’il devait dire et faire, contre quelles tentations lutter, quelle Bonne Nouvelle annoncer à tous. Prenons soin nous aussi comme Lui de notre intelligence pour qu’elle soit capable de répondre à ce genre de questions que nous devons tous nous poser : quelle est ma mission actuelle ?

  • Pendant Carême, prenons soin de notre conscience, de ce qu’elle nous reproche, mais aussi de ce qu’elle nous demande, des valeurs évangéliques qu’elle nous demande de vivre mieux pour que nous vivions pleinement notre baptême comme Saint Paul l’a dit tout à l’heure : « Le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite. » Pendant Carême, engageons-nous avec une conscience droite, ferme et bien décidée, à vivre la valeur évangélique qu’on le plus de mal à vivre : la foi, la confiance, l’espérance, la charité, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, l’humilité, la pauvreté, la simplicité, la maîtrise de soi, etc, etc… Oui engageons-nous à vivre une vie plus morale et plus spirituelle.
  • Pendant Carême, prenons soin de notre cœur pour qu’il batte au rythme des autres qui nous entourent et qu’il batte au rythme des hommes du monde entier. Pour cela ouvrons-nous, intéressons-nous à ceux que nous rencontrons, écoutons-les, répondons à leurs besoins, soyons disponibles à leurs demandes : plus nous nous sentirons utiles et plus notre cœur sera rempli d’amour et de bonheur ! Carême, c’est le moment par excellence où chacun doit se demander : « qui a le plus besoin de moi en ce moment ? » Pour que notre cœur s’élargisse au-delà de nos proches jusqu’aux extrémités de la terre, intéressons-nous à tout ce qui se passe dans le monde en écoutant les informations mais surtout en lisant des journaux, des revues, des magazines qui sont l’écho de la vraie vie des gens, de leurs vrais problèmes, qui relatent par tout l’univers des expériences de développement et de réconciliation, des avancées vers la paix, la justice, la fraternité, vers le monde nouveau que nous espérons tous. Les médias annoncent surtout ce qui va mal, ce qui scandalise, affole ou satisfait la curiosité plus ou moins malsaine des gens, ils annoncent surtout les déluges et les catastrophes en oubliant de parler comme la première lecture des Noés d’aujourd’hui, de tous ceux qui sauvent le monde et le font sans cesse repartir sur des bases meilleures pleines d’espérance. Ces Noés d’aujourd’hui qui annoncent un monde nouveau, il y en a beaucoup comme ceux dont nous parlent les revues missionnaires et les magazines du CCFD. Ouvrons donc notre cœur à tout ce qui dans le monde fait progresser le développement, la justice, la solidarité, la fraternité et soutenons par nos dons tous ces signes d’espoir.
  • Pendant Carême, prenons soin de notre regard car notre regard est souvent négatif et pessimiste : on voit spontanément ce qui est mal et ce qui va mal chez les autres et dans le monde, on ne sait pas voir ce qui est bien, beau, bon, du coup on désespère des autres et de l’humanité alors que dans la foi on devrait voir Dieu à l’œuvre, voir tout ce qui annonce le monde nouveau de Dieu comme je le disais tout à l’heure. Dans la foi on devrait être capable de voir l’Arc en Ciel unir le ciel de Dieu et la terre des hommes, l’Arc en ciel signe de l’Alliance sans cesse renouvelée entre Dieu et les hommes pour bâtir le monde nouveau du Royaume des Cieux comme le disait la première lecture : « Voici le signe de l’Alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque que je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants ! »

Ce monde nouveau de parfaite harmonie entre tous les êtres vivants, Jésus vient le bâtir, il vient mettre en communion le ciel et la terre, le monde humain, le monde animal et le monde spirituel comme le dit l’Évangile de ce dimanche : « Il vivait parmi les bêtes sauvages et les anges le servaient ! » Prenons soin de notre regard pour être capables de voir, de regarder, de contempler tous les signes de ce monde nouveau qui grandit sur notre terre.

Oui, pendant ce Carême, prenons bien soin de nous, de notre corps, de notre âme, de notre intelligence, de notre conscience, de notre cœur, de notre regard, de tout notre être, pour ressusciter à Pâques avec le Christ.

            Amen !

Père René Pichon