Homélie de dimanche 14 Mars 2021 4e dimanche de Carême

Que faire quand tout va mal dans notre vie, dans la vie de l’Église, dans la vie du monde.

            Les textes de ce jour nous donnent trois réponses : la première lecture nous invite à attendre l’homme providentiel qui nous sauvera. La deuxième lecture nous invite à attendre la grâce de Dieu qui veut nous sauver par le Christ. L’Évangile nous invite à regarder la Croix du Christ pour être aussitôt sauvés.

  • Tout va mal pour le peuple de Dieu dans le livre des Chroniques : « Tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités en imitant toutes les abominations païennes, et ils profanaient la maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem » : Même les prophètes envoyés par le Seigneur n’arrivent pas à changer le cœur de son peuple au point « qu’il n’y avait de remède que la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. » Résultat : « Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais et réduisirent à rien tous les objets précieux… » C’est donc la destruction totale et ceux qui échappent au massacre sont déportés à Babylone pour devenir les esclaves du Roi et de ses fils « Que faire dans un tel contexte où on ne peut imaginer pire situation ? »

Rien, sauf attendre l’homme providentiel qui viendra sauver le peuple, le délivrer de l’esclavage et tout reconstruire. Le peuple s’est donc mis à attendre son Sauveur ! Cet homme providentiel finira par venir : ce ne sera pas un homme issu du peuple de Dieu mais un étranger totalement inattendu : Cyrus le Roi des Perses qui déclarera : « Le Seigneur, le Dieu du ciel m’a donné tous les royaumes de la terre et il m’a chargé de lui bâtir une Maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! »

Quand ça va mal pour nous, ne désespérons jamais, ne disons jamais que tout est définitivement perdu. Même si nous-mêmes n’arrivons à rien faire ni nos proches ni notre peuple ni notre communauté, croyons toujours qu’un homme providentiel, un Cyrus, nous sera envoyé, quelqu’un d’inattendu, d’étranger même, peu importe, mais sachons regarder, soyons attentifs, regardons les sauveurs possibles qui sont là près de nous, qui ne sont pas ceux qu’on aurait crus, qui ne feront peut-être pas ce qu’on faisait ni au moment où on l’espérait ; Oui, quoique nous vivions, même et surtout si c’est le pire, gardons confiance : un sauveur, des sauveurs providentiels nous seront donnés.

  • Pour Saint Paul, le pire qui nous est arrivé, c’est « d’être morts par suite de nos fautes » mais dit Saint Paul : « Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ… Avec lui il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. »

Voilà l’espérance qui doit nous animer quand ça va mal pour nous, quand la mort nous frappe : Dieu nous donnera toujours la grâce de la Résurrection, « sa grâce surabondante », la grâce de repartir, la grâce de revivre !

Quand on traverse de terribles épreuves, épreuves de santé, épreuves du deuil, épreuves des conflits, des séparations, des échecs, gardons l’espérance de la Résurrection, espérons que Dieu nous donnera la force pour tenir bon et pour nous reconstruire et puisons au fond de nous cette force qu’il finira par nous donner !

Quand on traverse des périodes de doute, qu’on a l’impression de perdre la foi, de nous en éloigner, gardons l’espérance de la Résurrection, espérons que Dieu nous donnera des signes de sa présence, de son action, de sa proximité à nos côtés et soyons donc attentifs à ce qui se passe dans notre vie pour discerner ces signes parfois très discrets mais réels.

Quand on est dans la nuit de l’esprit, quand on ne voit plus clair dans notre vie, quand on ne sait plus ce qu’on doit faire, quelle décision prendre, quel projet mener, quel choix doit nous guider, gardons l’espérance de la Résurrection, espérons que Dieu nous donnera la grâce de sa lumière et pour cela méditons, réfléchissons et surtout prions, prions jusqu’à ce que cette lumière finisse par nous éclairer.

Quand on est dans l’agitation intérieure, l’inquiétude, l’angoisse, la peur, le stress, gardons l’espérance de la Résurrection, espérons que Dieu nous donnera sa propre paix, sa sérénité et pour cela remettons tous nos soucis, toutes nos inquiétudes, tous nos problèmes entre ses mains, lâchons prise, abandonnons-nous dans une totale confiance entre les mains de Dieu : bien vite la paix de Dieu descendra dans notre cœur !

Quand on est découragé, démotivé, quand on n’a plus l’envie d’agir, de donner, d’aimer, de servir, quand on a l’impression de n’être plus nous-mêmes, d’être éteints, d’être morts, sans vie, sans vitalité, gardons l’espérance de la Résurrection : espérons que comme pour les Apôtres le jour de Pentecôte, Dieu fera descendre sur nous son souffle, son vent, son feu qui nous redonnera l’élan de l’action, l’audace d’aller de l’avant et de témoigner ce que Dieu fait en nous et pour nous.

  • Quand ça va mal pour nous, pour être sauvés, attendons l’homme providentiel qui nous sauvera, la grâce de Dieu, attendons enfin le salut de la Croix comme nous y invite l’Évangile de ce jour. Saint Jean nous rappelle ce qui s’est passé dans le désert : les Hébreux souffraient de la faim, de la soif, des dures conditions de vie au désert et en plus, beaucoup étaient piqués par des serpents et mouraient, ce qui provoqua la colère du peuple qui alors se rebella contre Moïse. Pour calmer ce mécontentement Moïse eut l’idée, soufflée par Dieu, de confectionner un serpent d’airain fixé au sommet d’un mas. Et voilà qu’il suffisait, quand un serpent piquait quelqu’un qu’il lève les yeux vers ce serpent d’airain et il était automatiquement et immédiatement guéri. Quand ça va mal pour nous, Saint Jean nous propose donc de lever les yeux vers la Croix du Christ pour être sauvés. Évidemment ce salut n’est pas immédiat, magique, automatique, il suppose une ouverture de notre cœur à ce que signifie la Croix et alors peu à peu le Christ nous donne son salut.

Quand de terribles épreuves s’abattent sur nous, quand nous croulons sous le poids des croix qui s’abattent sur nous, levons les yeux vers la Croix du Christ : nous verrons qu’il est là debout sur la Croix et que Marie est là aussi debout au pied de la Croix. Alors ne nous laissons pas abattre comme eux, restons debout, faisons preuve de force d’âme, de courage et de volonté, et alors comme eux, avec eux, nous sortirons vainqueurs de nos pires épreuves, nous serons sauvés !

Quand on s’oppose méchamment et violemment à nous, quand on veut nous abattre, nous détruire pour prendre notre place, regardons la Croix du Christ comme lui, avec Lui, grâce à Lui, au lieu de répondre à la violence par la violence, à la haine par la haine, ouvrons les bras pour donner notre vie à ceux qui veulent nous la prendre, pour laisser l’amour habiter notre cœur, pour continuer à aimer tout le monde même nos ennemis, et alors cet amour nous sauvera et nous élèvera vers le haut.

Quand on se sent abandonné de tous même de ses amis ou même de Dieu, levons les yeux vers la Croix du Christ et comme Lui qui se penche vers Marie, Marie-Madeleine et Jean, les seuls proches fidèles jusqu’au bout, regardons les seuls qui n’ont pas fui, les seuls qui nous soutiennent encore, qui nous réconfortent, il y en a toujours deux ou trois, et cette amitié fidèle nous sauvera. Et puis, même si nous avons envie de nous révolter contre Dieu qui semble nous avoir abandonnés lui aussi, ressaisissons-nous comme Jésus et abandonnons-nous entre les mains de Dieu en lui disant : « Père je remets ma vie entre tes mains ! » Cet abandon confiant nous apaisera et nous sauvera.

Quand la douleur et la souffrance s’abattent sur nous, quand notre souffrance physique, psychique, morale devient trop intense, levons les yeux vers le Christ flagellé, couronné d’épines, cloué sur la Croix, moqué, ridiculisé, trahi, blessé dans son corps, dans son cœur, dans son âme et écoutons le Christ nous dire comme le disait Claudel « qu’il souffre avec nous encore maintenant et que Dieu n’empêche pas la souffrance, qu’il ne l’explique même pas mais qu’il la remplit de sa Présence… » Oui, plus nous souffrons, plus le Christ remplit notre souffrance de sa Présence et nous sauve en nous faisant sentir sa Présence qui nous fait un bien infini.

En ce quatrième dimanche de Carême, répétons le refrain du psaume de ce jour : « Que ma langue s’attache à mon plais, si je perds ton souvenir. » Oui Seigneur, quand ça va mal dans ma vie, dans la vie de l’Église, dans la vie du monde, aide-moi à garder confiance et espérance en me souvenant toujours que dans les pires moments tu nous envoies toujours des hommes providentiels, tu nous combles toujours de ta grâce surabondante, tu nous sauves toujours par la Croix de Jésus, c’est-à-dire par sa mort et sa Résurrection.

Amen !

Père René Pichon