Homélie de dimanche 21 Mars 2021, 5e dimanche de Carême

Nous venons de fêter Saint Joseph, c’était sa fête ce vendredi 19 mars. Et le pape François a voulu que cette année 2021 soit consacrée à Saint Joseph. Je vais donc aujourd’hui vous parler de lui : nous ne savons pas grand-chose de sa vie sinon que sa vie a été constamment bousculée, bouleversée même et qu’il a toujours accepté d’être ainsi bousculé en permanence. Alors comme Saint Joseph acceptons d’être bousculés au lieu de rêver d’avoir une vie bien tranquille.

  • Comme Saint Joseph acceptons d’être bousculés par nos proches, par ceux que nous aimons le plus. Joseph était fiancé à Marie, ils envisageaient de se marier et de fonder une belle famille aimante et tranquille. Et voici que Marie accepte d’être enceinte par l’opération du Saint Esprit, d’avoir un enfant dont Joseph n’est pas le père. Quel bouleversement dans les projets de Joseph, dans ses sentiments, dans sa relation avec Marie ! Il envisage carrément de la répudier selon les exigences de la loi juive dans pareille situation… Mais l’ange du Seigneur intervient : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ! » Comment croire à cela ? Bousculé dans ses projets de famille, bousculé dans ses sentiments envers Marie, bousculé dans sa foi, Joseph accepte et prend chez lui Marie comme épouse.

Comme lui acceptons que nos proches, ceux que nous aimons le plus, nous bousculent par des projets qui ne sont pas les nôtres, par des choix qui ne sont pas les nôtres, par des idées et des comportements qui nous bouleversent, par des positions morales ou religieuses qui nous dérangent ! Sans être forcément d’accord avec eux, acceptons de les aimer sincèrement et vraiment tels qui sont !

  • Comme saint Joseph acceptons d’être bousculés par Dieu lui-même, qui plus est : d’être bousculés en plein sommeil, alors qu’on se repose, qu’on dort bien tranquille. À plusieurs reprises Joseph est dérangé par Dieu en plein sommeil : « Voici que l’ange du seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas… » « Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prend l’enfant et sa mère et fuis en Égypte… » Mt 2,13 « Après la mort d’Hérode, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et pars dans le pays d’Israël… » À chaque fois, Joseph se lève et de suite fait ce que Dieu lui demande.

Comme Joseph acceptons d’être constamment bousculés par Dieu, bousculés dans notre immobilisme, dans notre sommeil spirituel par le Christ Jésus qui nous appelle, surtout en Carême, à la conversion, au changement de notre cœur, de notre vie ; Acceptons d’être bousculés dans nos projets de vie par celui qui sans cesse nous invite à ne pas aimer égoïstement notre vie mais à la donner, à mourir à nous-mêmes pour servir les autres, à nous détacher de tout pour tout donner aux autres : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle ! » vient de nous dire Jean dans l’Évangile !

  • Comme Saint Joseph, acceptons d’être bousculés par nos dirigeants, nos chefs d’état, nos gouvernants et par leurs lois et leurs décrets. Joseph obéit à l’Empereur Auguste qui décrète le recensement de toute la terre et s’en va avec Marie sur le point d’enfanter se faire recenser dans sa ville d’origine, la ville de David appelée Bethléem… Ensuite, pour protéger l’enfant Jésus, il fuit en Égypte car Hérode veut rechercher l’enfant pour le faire périr. » Mt 2,13 Et quand Hérode meurt, « quand ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant », Mt 2,22, Joseph rentre à Nazareth mais nouveau bouleversement : « Apprenant qu’Akelaüs régnait sur la Judée, à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée. » Mt 2.22

Comme Joseph soyons attentifs à toutes les décisions de nos gouvernants, à toutes les lois décrétées, pour leur obéir en bons citoyens ou pour les fuir si elles sont mauvaises, dangereuses, pernicieuses. Vivons les pieds sur terre, avec une grande vigilance citoyenne.

  • Comme Saint Joseph, acceptons d’être bousculés par nos propres enfants, par les jeunes générations. À l’âge de 12 ans, au Temple, Jésus bouscule, bouleverse Marie et Joseph en leur échappant, en restant pendant trois jours loin d’eux, de leur surveillance, ce qui les plonge dans l’inquiétude et dans l’angoisse : « Vois ! Ton père et moi nous te cherchions angoissés ! » (Lc 2.48) et Jésus leur répond en affirmant qu’il appartient d’abord à Dieu avant de leur appartenir et qu’il doit s’occuper des affaires de Dieu avant de s’occuper des leurs : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne savez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? »

Comme Marie et Joseph acceptons d’être bousculés par nos enfants, nos jeunes, les nouvelles générations qui ne voient pas la vie comme nous, qui ont envie de vivre autrement, de croire autrement, de construire une autre société et une autre Église. Acceptons même que Dieu les appelle autrement que nous, pour d’autres priorités, d’autres missions.

  • Comme Joseph, acceptons d’être bousculés par les évènements, les circonstances, les imprévus de la vie. Joseph pensait que Jésus allait naître dans le confort relatif de leur maison à Nazareth. Et voilà qu’il faut partir se faire recenser à Bethléem. Comme c’est le moment d’accoucher, Joseph cherche un lieu pour Marie mais tout est saturé : « pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2.7) Joseph cherche, se démène, s’affole certainement, et finalement il trouve refuge dans une grotte qui sert d’étable pour les bergers : « Elle mit au monde son fils premier-né ; elle emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune ! » (Lc 2.7)

Comme Joseph acceptons d’être dérangés par les évènements imprévus qui bousculent nos habitudes, nos projets, nos espoirs et même nos joies comme la joie des naissances.

  • Comme Joseph acceptons d’être bousculés par les mauvaises nouvelles. Dans la vie il y a souvent, heureusement, de très bonnes nouvelles qui nous réjouissent, nous stimulent, nous encouragent… Mais il y a aussi des mauvaises nouvelles qui nous cassent, nous font mal, nous font souffrir et il faut alors faire face en restant debout, en gardant confiance en Dieu. Quarante jours après la naissance de Jésus, alors que Joseph se réjouit de présenter Jésus au Temple pour le consacrer au Seigneur selon la loi juive, alors qu’il est tout heureux d’entendre Syméon chanter son bonheur de prendre le Messie dans ses bras, voilà que Joseph et Marie ont le cœur transpercé par cette prophétie du vieillard Syméon : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera transpercée d’un glaive. » (Lc 2, 34-35)

Comme Joseph et Marie acceptons d’être bousculés par les mauvaises nouvelles concernant nos proches, notre société, notre Église, acceptons-les en restant debout, forts et confiants en Dieu. Même si notre cœur est transpercé, ne nous laissons pas abattre et écraser, mais avec la grâce de Dieu, la force de son Esprit, prenons les moyens de sortir des plus grandes épreuves qui nous bouleversent et d’en tirer un plus, un mieux, pour nous et pour les autres.

Comme Jésus, à l’approche de sa mort notre âme peut être bouleversée par les mauvaises nouvelles mais comme lui osons leur faire face et même en tirer un plus, une glorification, en transformant le mal en bien : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? « Père sauve-moi de cette heure ? » Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom. » Alors du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ! » (Jn 12, 27-28)

  • Comme Joseph enfin, acceptons d’être bousculés par ce que disent les gens de nous. Nous aimons tous être reconnus dans ce que nous sommes, nous sommes même fiers quand on nous honore, nous félicite, quand on dit du bien de nous. Or parfois on est bouleversé parce qu’on dit du mal de nous, parce qu’on nous méprise ou nous dédaigne. C’est ce mépris, ce dédain envers les gens simples et pauvres qui faisait dire aux gens à propos de Jésus : « Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? » « N’est-il pas le fils de Joseph le charpentier ? », c’est-à-dire pas grand-chose. Et Jésus reconnaissait que chez lui, dans son pays, on le méprisait, le dédaignait : « Nul n’est prophète en son pays… Un prophète n’est pas considéré dans son propre pays… »

Dans la mesure où Joseph a entendu ce mépris, ce dédain envers Jésus « le fils du charpentier », il a été bouleversé lui-même dans son amour-propre mais il a accepté humblement avec un cœur de pauvre, sans rien dire, comme d’habitude, d’être traité ainsi.

Alors comme Joseph, acceptons, nous aussi en silence de n’être pas reconnus comme on aimerait l’être, acceptons qu’on ne dise pas de nous tout le bien qu’on espèrerait et surtout, acceptons d’être en tant que chrétiens mis à l’écart, pas écoutés, critiqués mais que ça ne nous empêche pas pour autant de témoigner de notre bonheur de croire.

Toujours bousculé dans sa vie, et dans ses projets, dans sa foi, dans ses relations, Joseph a toujours été disponible à la volonté de Dieu. Comme lui, acceptons que notre vie ne sera jamais un long fleuve tranquille mais une inlassable fidélité à ce que Dieu attend de nous, que cela nous convienne ou que cela nous dérange ! Amen !

Père René Pichon