Homélie du dimanche 4 Avril 2021, dimanche de Pâques

Le matin de Pâques Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé ont vu dans le tombeau de Jésus, un homme vêtu de blanc… et ont cru au Christ Ressuscité, c’est l’Évangile de Marc de cette veillée pascale. Le matin de Pâques Pierre et Jean ont couru voir le tombeau. Jean est entré, il a vu le tombeau vide, et il a cru : « Il vit et il crut » nous dit l’Évangile de Jean pour le matin de Pâques. Les disciples d’Emmaüs ont vu un étranger les rejoindre et marcher avec eux puis rompre le pain lors de la bénédiction du repas pris ensemble : ils ont vu et ils ont cru, d’après l’Évangile de Luc lu ce dimanche soir. Saint Thomas ne voulait pas croire au Christ Ressuscité tant qu’il ne l’aurait pas vu : Jésus s’est présenté à lui et lui a monté ses plaies, il l’a vu et il a cru ! Tous les témoins de la Résurrection ont donc vu soit un homme vêtu de blanc, soit le tombeau vide, soit un étranger à leurs côtés ou carrément Jésus lui-même montrant ses plaies. C’est parce qu’ils ont vu qu’ils ont cru. Alors nous, que voir, qui voir, pour croire ? Jésus nous dit comme à Saint Thomas : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu » mais comme c’est impossible de croire sans voir, ce qu’il veut nous dire c’est de ne pas chercher à le voir en direct pour croire : si on avait de telles visions ce serait dangereux, il faut chercher à le voir agissant en nous et dans les autres, il faut chercher à le voir dans ce qu’il fait en nous et dans les autres, dans ce qui se passe en nous et dans les autres et qui nous fait dire : ce qui s’est passé là, ça n’a pas pu se faire tout seul et ce n’est pas dû seulement à une action humaine, ça vient d’ailleurs, de bien plus haut que nous, ça vient de Dieu, ça vient du Christ Vivant agissant aujourd’hui. Pour croire, regardez ce qui en vous et autour de vous vous fait dire : « ça, c’est la marque du Christ, c’est le Christ qui a agi sinon ça ne ce serait pas produit, ça ne serait pas arrivé ! » Aujourd’hui, je voudrais vous dire en toute simplicité ce qu’actuellement je vois et qui me fait croire de plus en plus au Christ Vivant et agissant aujourd’hui.  Je vois d’abord le Christ Vivant agissant en moi et en vous. Cette année je vais fêter mes 50 ans d’ordination. Si je suis prêtre depuis 50 ans, si j’ai tenu pendant 50 ans en gardant la forme, en étant toujours heureux malgré les difficultés, malgré la crise de la foi dans le monde moderne, si je suis encore là ce soir, aujourd’hui, avec vous, c’est bien grâce au Christ Ressuscité, à son énergie, à son amour, à tout ce qu’il m’a donné et me donne encore pour tenir bon ! Et si vous êtes là aussi, c‘est bien parce que pour vous la foi est importante, parce que vous avez besoin du Christ, de sa lumière, de sa force, de son amour, de sa présence en votre cœur, de son action en vous pour changer votre vie, l’améliorer, la bonifier, la sanctifier. Vous êtes pour moi la manifestation de l’action du Christ aujourd’hui, la preuve que sans le Christ on ne peut rien faire de vraiment bien, de vraiment bon, la preuve qu’on a besoin de lui et de son action !  Je vois le Christ agissant aujourd’hui dans tous ceux qui ne croyaient pas et qui se mettent à croire. Parmi ceux-là, il y a les 3600 catéchumènes qui vont être baptisés en France, durant la veillée pascale ou le jour de Pâques. Personnellement je vais baptiser deux adultes prochainement après les avoir bien accompagnés ces derniers mois et j’ai vraiment vu ce qui les poussait à demander le baptême c’était plus qu’eux-mêmes, que leur désir, c’était une force intérieure, une Présence intérieure que je reconnais être le Christ Vivant. L’un des deux qui chemine depuis 10ans me disait : « Depuis 2 ou 3 ans quand j’entre dans une église, je me sens habité par une Présence et c’est pour cela que je demande le baptême. » Il y a trois semaines en sortant de la messe du dimanche soir à Barby, un jeune m’attendait, je l’ai salué et biens sûr je lui ai demandé ce qu’il désirait. Il m’a répondu : « Je veux me convertir ! » Il a 15 ans, il est en troisième et il vient donc de commencer son cheminement vers le baptême, poussé par une force intérieure car ce ne sont ni ses parents, ni sa famille ni ses copains qui l’ont poussé à faire cette demande. Comment nommer cette force intérieure ? C’est bien sûr l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus Ressuscité. Parallèlement à ce jeune, deux autres de 18 ans, Alexis et Camille, viennent de commencer eux aussi avec moi un cheminement vers le baptême pour répondre à un appel intérieur personnel alors qu’autour d’eux leurs copains Homélie du dimanche 4 Avril – fête de Pâques Retrouvez un commentaire vidéo du Père Pichon sur l’Évangile du jour sur sa page facebook :le sport de l’âme – d’autres vidéos du Père Pichon sur le site de la Paroisse : https://marthe-marie.paroisse.net/ 2 sont loin de se poser la question de la foi. Oui, je vois le Christ Ressuscité à l’œuvre dans tous ces jeunes et ces adultes en route vers le baptême.  Et je le vois évidemment encore plus à l’œuvre dans ceux qui aujourd’hui se posent la question d’être prêtre comme cet ingénieur de Chambéry de 33ans que j’accompagne depuis quelques mois. Enfant il s’est déjà posé la question puis il l’a enfouie. À 20 ans, c’est revenu mais il a préféré faire ses études et a commencé une vie professionnelle. Puis il est parti trois ans en coopération en Afrique. Et maintenant il se repose vraiment la question de la vocation, au point d’avoir déjà pris contact avec le séminaire. Qu’un jeune ayant une bonne situation sociale se dise à l’heure actuelle : « peut-être est-ce que je dois tout quitter pour discerner à quoi Dieu m’appelle », c’est pour moi vraiment l’œuvre du Christ Ressuscité agissant en lui, ça ne peut être que cela. Et qu’il me demande de l’accompagner, moi qui vais être déchargé de ma responsabilité de curé c’est pour moi un signe de Dieu me disant à moi, à tous : il y aura de la relève, pas aussi nombreuse qu’on aimerait peut-être mais l’Église a de l’avenir !  Je viens de parler d’accompagnement, et c’est là encore pour moi un signe des temps : de plus en plus de personnes demandent, à ‘heure actuelle, ce qu’on appelle un accompagnement spirituel personnel. Le bulletin diocésain « Église en Savoie » et le bulletin paroissial de Pâques consacrent une page à ce sujet pour dire qu’aujourd’hui des personnes désireuses d’une vraie vie spirituelle souhaitent faire le point sur leur vie intérieure tous les mois avec un accompagnateur prêtre, religieux ou laïc formés. Personnellement j’accompagne ainsi une dizaine de personnes dont plusieurs jeunes et là encore je me dis : « qu’est-ce qui les pousse à prendre ainsi en mains leur vie spirituelle, sinon le Christ Vivant, travaillant leur cœur par son Esprit Saint ? »  Mercredi soir alors que j’étais en train d’écrire cette homélie de Pâques, à 22h, je reçois au presbytère un coup de téléphone d’une mère de famille qui veille jour et nuit sur son mari dépendant et très handicapé depuis 2 ans. Elle veut le garder et le soigner à la maison jusqu’au bout. On a parlé de la semaine Sainte et bien sûr du Vendredi Saint ! C’est alors qu’elle m’a dit : ma croix à moi, c’est lui, elle est lourde, elle m’écrase parfois mais je la porterai jusqu’au bout grâce à Dieu ! Combien d’autres personnes, croyantes ou non, se dévouent jour et nuit auprès de proches malades, handicapés, dépendantes ? Depuis plus d’un an, combien de soignants se sont donnés sans compter, jusqu’à l’épuisement, pour soigner les victimes de la pandémie mondiale actuelle ? Dans cette disponibilité sans limites, dans ce dévouement total des accompagnants et des soignants, comment ne pas voir bien plus qu’une générosité humaine, comment ne pas voir la grâce du Christ à l’œuvre, son action d’amour dans les cœurs pour nous apprendre à servir nos frères comme il les a servis jusqu’à leur donner sa vie !  Je pourrais encore donner beaucoup d’exemples où je vois le Christ à l’œuvre mais je voudrais terminer par ce qui me semble être une des plus belles espérances pour l’Église d’aujourd’hui : les partages d’Évangiles. Certes nos communautés chrétiennes sont mois nombreuses qu’avant, souvent vieillissante même si dans certaines paroisses un rajeunissement s’opère lentement et des projets de renouveau paroissial se lance, mais un peu partout et à tous les âges depuis un certain nombre d’années se multiplient les partages de la Parole de Dieu ou à partir d’un texte biblique chacun dit ce qu’il comprend et entend comme appel de Dieu. Quand je participe à un tel partage, je suis toujours surpris et épaté par tout ce que j’entends, c’est d’une richesse incroyable, j’y apprends plein de choses que je n’aurais pas découvertes par moi-même, et c’est pour moi là encore la manifestation de l’œuvre du Christ Vivant qui par son Esprit inspire tout le monde de manière différente et complémentaire. Oui le Christ Ressuscité est à l’œuvre en nous : plus on le verra agissant en nous ou dans les autres, plus on croira. Pâques, pour moi, cette année c’est moins les récits de la Résurrection que l’action actuelle en nous du Christ Vivant. Je vous invite donc pour bien fêter Pâques à ouvrir les yeux de la foi sur tout ce qui se passe en vous, et autour de vous : alors, je vous l’assure, vous verrez… et vous croirez toujours mieux. Amen ! Père René Pichon