Homélie du dimanche 11 Avril 2021, Dimanche de la divine Miséricorde

« Non, je ne croirai pas ! » Avant de faire le plus beau des actes de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! », Saint Thomas commence par dire son refus de croire. C’est ce que je vous invite à faire aujourd’hui. Comme Saint Thomas disons d’abord tout ce que nous refusons de croire pour pouvoir dire ce en quoi nous croyons en vérité.

  • Avec Saint Thomas, disons d’abord : « Non, je ne croirai pas à ce qu’on me raconte, à ce que les gens disent ni même à ce que les croyants affirment. Je veux croire par moi-même, je veux vérifier et expérimenter ce en quoi je crois pour pouvoir croire ! » St Thomas refuse de croire les Apôtres qui ont vu le Christ Ressuscité, lui veut voir pour croire, il veut vérifier que c’est bien vrai, il veut expérimenter la Présence du Christ Ressuscité pour pouvoir croire à lui et il a raison. Nous aussi pour croire à Jésus Ressuscité nous avons besoin non pas de le voir avec nos yeux évidemment, mais d’expérimenter sa Présence Vivante en nous, de voir son action en nous comme je le disais dimanche dernier, de voir qu’il nous apporte à l’intérieur de nous un plus, de la Force, de la Lumière, de la Joie, de la Paix, du Bien-Être, de l’Amour, de l’Élan pour nous donner des raisons de vivre, de l’Espérance. Plus nous verrons tout ce que le Christ fait en nous, plus nous croirons !
  • À la suite de Saint Thomas, allongeons la liste de tous nos refus de croire, de tout ce qui nous fait dire : « Non, je ne croirai pas à ça ! » pour pouvoir affirmer notre vraie foi chrétienne. Et d’abord contrairement à tous ceux qui véhiculent une fausse image de Dieu, disons : « Je refuse de croire au Dieu gendarme qui veut nous verbaliser et nous punir pour nos fautes. Je refuse de croire au Dieu-Juge qui veut nous condamner et nous conduire en Enfer si nous ne marchons pas sur le droit chemin. Je refuse de croire que les malheurs qui nous tombent dessus viennent de Dieu ! » Disons et affirmons au contraire : « Je crois au Dieu d’Amour qui veille sur nous, qui marche à nos côtés, qui nous prend par la main pour nous faire vivre de sa vie, qui nous pardonne sans cesse pour nous faire repartir sur des bases meilleures. Je crois au Dieu d’Amour qui ne nous force pas à faire sa volonté, qui nous laisse libres de suivre une autre route que la sienne, qui ne nous oblige pas à faire le bien, qui nous laisse choisir le mal et en subir les conséquences maintenant et dans l’Éternité. Oui je crois au Dieu d’Amour et de Liberté ! »
  • Osons dire aussi à la suite du grand penseur et philosophe Blaise Pascal : « Je refuse de croire au Dieu des philosophes et des savants et je crois au Dieu de Jésus-Christ» Oui refusons de croire que Dieu n’est qu’une explication du monde, qu’il a lancé le monde dans l’histoire mais qu’il ne s’en occupe plus, qu’il le laisse aller à la dérive, qu’il règne là-haut dans le ciel sans rien faire, indifférent, impuissant devant les catastrophes, les guerres, les violences, les génocides, les pandémies, les misères et les souffrances horribles des hommes. « Disons et affirmons au contraire : « Je crois au Dieu de Jésus Christ, au Dieu qui s’est approché des hommes et qui continue de s’approcher d’eux comme dans l’Évangile de ce dimanche, au Dieu qui partage la vie des hommes, le meilleur et le pire, au Dieu qui n’empêche pas la souffrance, qui ne l’explique même pas mais qui la remplit de sa Présence » comme le disait le poète Claudel. Je crois au Dieu de Jésus-Christ qui montre aux hommes comme à Thomas ses plaies et son côté, son cœur transpercé pour leur dire que dans les pires épreuves, il est là avec eux pour leur donner sa force, son courage et l’espérance d’une résurrection, d’une vie bien meilleure. Oui je crois au Dieu de Jésus-Christ qui a vécu notre vie d’homme pour la remplir de son amour, qui a souffert et qui est mort pour vaincre la souffrance et la mort !
  • Osons dire aussi : « Je refuse de croire comme tous ceux qui se contentent de ce qu’on appelle la foi du charbonnier, c’est-à-dire tous ceux qui croient sans chercher à comprendre, tous ceux qui disent : « Il ne faut pas chercher à comprendre. La foi c’est un Mystère, il faut l’accepter sans chercher à comprendre… ! » À tous ceux qui ont cette foi aveugle et simpliste osons dire : « Moi, je refuse de croire sans comprendre. Je crois avec tout mon être, avec mon cœur qui aime mais aussi avec ma tête, mon intelligence qui cherche à comprendre. Moi je crois que Dieu est Mystère non pas parce qu’on ne peut pas le comprendre mais parce qu’on n’aura jamais fini de le comprendre, de le découvrir, de le connaître, parce qu’il est inépuisable, infini, éternel, toujours au-delà de ce qu’on sait et de ce qu’on comprend. Oui je veux toujours plus comprendre Dieu, toujours mieux le connaître pour toujours croire de plus en plus ! »
  • À la suite du Saint Cardinal Newman qui disait : « Je ne crois pas à cause des miracles mais malgré les miracles ! » refusons de croire en faisant reposer notre foi sur ce qui dans l’Évangile, dans la Bible, dans l’histoire de l’Église, est extraordinaire, faisons reposer notre foi sur ce qui est ordinaire ! Et à plus forte raison refusons de croire en faisant reposer notre foi sur ce qui est paranormal, faisons-la reposer sur ce qui est normal. Je viens de lire le livre « la fraude mystique » qui critique ouvertement tous les phénomènes paranormaux qu’a subis Marthe Robin et qui jette le doute sur elle et sur ce qu’on croyait des manifestations de Dieu en elle. Les miracles, les phénomènes paranormaux existent bien sûr mais notre foi ne doit pas dépendre d’eux, comme le dit Saint Paul elle doit dépendre de l’amour : « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si ne j’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. J’aurais beau être prophète, avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien ! » Comme St Paul affirmons que la vraie foi chrétienne c’est l’amour, l’amour qui change la vie ordinaire en vie extraordinaire, la vie normale, banale, en vie divine !
  • À la suite de tous ceux qui critiquent les croyants parce qu’ils ne sont pas meilleurs que les autres, parce que leur foi est vide, stérile, inefficace, osons dire : « Je refuse de croire à une foi qui n’agit pas car comme le dit Saint Jacques : « La foi qui n’agit pas est une foi morte ! » Je refuse de croire à une foi qui n’est pas une vie, à une foi qui ne change pas radicalement et totalement la vie personnelle et collective. Je crois au contraire à une foi qui change tout, à une foi qui nous pousse à vivre comme la première communauté chrétienne que la première lecture de ce dimanche décrivait ainsi : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun… Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun. » Puissions-nous tous dire : « Je crois à une foi qui change tout, qui change le monde, qui nous fait tout partager et nous fait tous vivre en frères qui partagent tout !

Alors oui, aujourd’hui, avec Saint Thomas et tant d’autres qui refusent de croire à n’importe quoi, n’importe comment, affirmons avec l’Apôtre la vraie foi chrétienne en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! Tu es le Dieu qui m’habite et qui agit au plus profond de moi. Tu es le Dieu de l’Amour et de la Liberté. Tu es le Dieu de Jésus-Christ qui vient partager notre vie. Tu es le Dieu inépuisable qu’on n’aura jamais fini de comprendre et de connaître. Tu es le Dieu qui change la vie ordinaire en vie extraordinaire. Tu es le Dieu qui change le monde en communauté fraternelle de partage et d’amour sans limites.  Mon Seigneur et mon Dieu. »

Amen !

Père René Pichon