Homélie du dimanche 18 Avril 2021, 3e dimanche de Pâques

Dieu merci, nous connaissons tous dans nos vies des moments de joie mais quelles sont les plus grandes joies que l’on puisse connaître ?

            Ce sont certainement les joies « incroyables », les joies auxquelles on n’ose pas croire parce qu’elles sont inattendues, étonnantes, bouleversantes. C’est ce qui se passe pour les apôtres dans l’Évangile de ce dimanche : Jésus est là au milieu d’eux… Il leur montre ses mains et ses pieds en disant : « Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai ! » Et Saint Luc précise : « Dans leur joie ils n’osaient pas y croire »

  • Je vous invite aujourd’hui à vous remémorer et à goûter toutes les joies incroyables de votre vie : la joie des réussites inattendues alors que tout semblait perdu ; la joie des rencontres de personnes providentielles juste au moment où vous en aviez besoin ; la joie de guérisons exceptionnelles alors que des proches étaient condamnés ; la joie d’une promotion ou d’une nomination complètement inespérée ; la joie d’une évolution positive ou même d’une conversion radicale d’un proche qui tournait mal et qui subitement ou progressivement a retrouvé le bon chemin ; la joie d’être sorti vainqueur et grandi d’une épreuve terrible qui vous a écrasés ; la joie d’une rencontre personnelle avec le Christ Vivant dans un moment de grâce, d’illumination, de révélation où la présence du Christ s’est fait pour vous évidente, palpable, sensible ; la joie d’une prière exaucée après des heures ou même des années supplication, je vous laisse le soin d’allonger cette liste de toutes nos joies incroyables qui nous font dire : « C’est trop beau pour être vrai… Je n’ose pas y croire… Je n’arrive pas à réaliser… » Oui, aujourd’hui avec les apôtres témoins de la Résurrection goûtons toutes les joies humaines ou spirituelles tellement fortes qu’on n’ose y croire !
  • Pour connaître la joie incroyable de l’Espérance, osons croire à la Résurrection du Christ et à la nôtre. Oui, c’est incroyable mais le Christ est là Vivant au milieu de nous, vivant même en chacun de nous, il est là comme une Présence qui nous unit les uns aux autres ici en ce moment, qui nous habite chacun personnellement, qui met en nous tous de la lumière, de la force, de l’amour, de l’élan, du souffle, de la vie, une vie divine qui nous fait croire qu’un jour cette vie déjà en nous nous emportera dans l’Éternité avec le Christ Ressuscité. Il paraît que beaucoup de chrétiens même parmi les pratiquants ne croient pas à notre résurrection, eh bien, comme le dit Saint Paul, vaine est notre foi si nous ne croyons pas que tous nous ressusciterons. La résurrection du Christ et notre propre résurrection, ce n’est pas « trop beau pour être vrai », c’est vrai et ça nous donne une joie incroyable : celle de l’Espérance.
  • Pour connaître la joie incroyable de la foi, osons croire pas seulement en Dieu mais en nous car c’est ça la grande beauté de la foi chrétienne : elle nous fait croire que Dieu croit en nous, qu’il a besoin de nous, qu’il ne veut rien faire sans nous. Elle nous fait croire que le Christ est Dieu vivant au milieu de nous et en nous mais qu’il est invisible, que nous sommes ses yeux qui voient tous les besoins des hommes, ses oreilles qui écoutent les cris du monde, ses mains qui travaillent à l’avènement d’un monde meilleur, son cœur qui aime tous les hommes « non en paroles et en discours mais en actes et en vérité ». Oui voilà la foi qui nous donne une joie incroyable : Dieu et le Christ Vivant ont besoin de nous, c’est par nous qu’ils deviennent visibles et agissants, nous sommes utiles à Dieu et aux hommes, notre vie a un sens inimaginable, c’est un bonheur incroyable de le savoir et de le vivre !
  • Pour connaître la joie incroyable de la confiance, osons croire à la Providence, osons croire que Dieu veille sur nous, nous accompagne partout, intervient quand il faut, osons croire que pour nos problèmes les plus insolubles il nous fera trouver une solution, que dans nos plus grandes difficultés il nous donnera la force intérieure ou l’aide extérieure qui nous aidera à nous en sortir, que sur nos chemins à priori sans issue un passage miraculeux s’ouvrira. Tous les grands saints en ont fait l’expérience : en se lançant dans des projets fous de fondation d’œuvres ou de congrégations nouvelles, ils ont toujours eu au moment voulu, alors qu’ils étaient au bord du gouffre, l’aide matérielle qui tombait du ciel, les personnes compétentes qui venaient leur apporter leur aide et leurs compétences, les vocations nombreuses qui surgissaient d’on ne sait où ! À leur exemple, ne subissons pas la vie, ne disons pas qu’on ne peut rien faire, que rien n’est possible, osons nous lancer dans des actions et des projets un peu fous mais pour ne pas connaître l’inquiétude, la peur de l’échec, osons croire à la Providence, à la Présence de Dieu à nos côtés qui interviendra quand il faudra, comme il faudra et alors nous construirons notre vie avec la joie incroyable d’une confiance inébranlable.
  • Pour connaître la vraie joie de vivre, une joie de vivre incroyable, osons croire aux signes de Dieu dans notre vie et y répondre. La véritable joie de vivre, ce n’est pas la joie de se faire plaisir, de s’épanouir, de se détendre, la joie de défendre ses intérêts, de réussir socialement, la joie d’avoir des relations, la joie d’accumuler des biens, des titres, des résultats, la joie du pouvoir et de l’influence ; non la véritable joie de vivre ce ne sont pas ces joies humaines, c’est de voir que notre vie est pleine de Dieu, habitée par Dieu, pleine de signes de Dieu, c’est-à-dire d’évènements où Dieu est là, se fait reconnaître, fait sentir sa  Présence, nous dit ce qu’il attend de nous, nous donne son souffle, sa force pour nous pousser en avant, nous faire aller là où il veut nous conduire. Et plus nous répondons à ces signes, plus Dieu remplit notre vie et c’est ça la joie de vivre incroyable ; la joie de vivre avec Dieu, pour Dieu, en Dieu !
  • Pour connaître la joie incroyable de bâtir un monde meilleur, osons croire au Royaume de Dieu. Humainement c’est une grande joie de ne pas vivre une vie égoïste, repliée sur nous-mêmes, où l’on tourne autour de soi sans s‘occuper des autres ; c’est une grande joie de s’engager auprès des plus pauvres, de s’engager dans des associations pour une vie plus fraternelle, de s’engager pour sauvegarder la nature et l’environnement, de s’engager socialement pour un monde plus juste et plus solidaire. Oui c’est une grande joie humaine de s’engager pour les autres mais inévitablement, un jour ou l’autre, on bute sur des lenteurs à faire avancer les causes auxquelles on croit, on bute même sur des échecs, des freins, des oppositions et alors on se demande : « À quoi ça sert tout ce que je fais ? N’est-ce pas de la peine perdue ? Les choses n’avancent pas, on n’arrivera jamais à bâtir ce monde meilleur qu’on souhaite ! « C’est alors qu’il faut oser croire au Royaume envers et contre tout. Oui si on croit au Royaume de Dieu même quand on a peu de résultats dans nos engagements on croit que ce qu’on sème finira par pousser grâce à Dieu et c’est alors en nous la joie incroyable de bâtir un monde meilleur même s’il n’apparaît pas tout de suite.

« Dans leur joie ils n’osaient pas y croire. » Oui pour partager la joie des Apôtres osons croire à la Résurrection du Christ et à la nôtre, osons croire en nous, en notre mission sur la terre, osons croire à la Providence, osons croire aux signes de Dieu, aux signes par milliers de Dieu dans notre vie, osons croire au Royaume des Cieux, osons croire à tout ce que nous dit l’Évangile et nous connaîtrons alors toutes les joies incroyables que Dieu veut nous donner.

Amen !

Père René Pichon