Homélie du dimanche 25 Avril 2021 4e dimanche de Pâques Journée mondiale de prière pour les vocations

En ce dimanche du Bon Pasteur, dimanche des vocations, je voudrais faire avec vous une méditation très personnelle de l’Évangile que nous venons d’entendre. Puisque cette année j’ai 50ans d’ordination sacerdotale, je me poste cette question : comment ai-je été, ai-je essayé d’être, le visage du Bon Pasteur au milieu de tous les paroissiens et de tous les gens que j’ai rencontrés ? Je résumerai ma mission et ma manière d’être prêtre et pasteur en sept mots :

            Proximité et fidélité ; amitié et bonté ; responsabilité et communauté ; et le septième mot, à la source de tous les autres : spiritualité.

  • Proximité et fidélité : Pour moi, être un prêtre-pasteur, c’est rester le plus proche possible des gens, du terrain concret, de la base, de la vie réelle, des joies et des peines du quotidien, des projets, des épreuves, des évènements qui marquent les uns et les autres chaque jour. Être proche et en même temps très présent, c’est-à-dire fidèle, être toujours là pour partager la vie réelle de tous et de chacun. Vous l’avez constaté : je pars très peu et pas longtemps même pendant les vacances !

Un bon pasteur, un bon berger, à l’image de Jésus reste près de son troupeau, il le surveille pour qu’il ne s’éloigne pas, ne se perde pas, pour qu’il reste dans les bons pâturages, pour qu’il ne se disperse pas, ne s’éparpille pas. Dès qu’il y a un danger ou dès qu’une brebis va mal, il intervient. Il fait corps avec son troupeau, sa vie et celle de son troupeau ne font qu’un. C’est ça être prêtre diocésain. Un prêtre diocésain n’est pas un prêtre religieux qui appartient d’abord à une congrégation, à sa communauté religieuse. Le prêtre diocésain lui appartient à la communauté où il est envoyé, à sa paroisse, il doit faire corps avec sa communauté paroissiale.

Malheureusement, vous l’avez constaté : depuis 20 ou 30ans, il n’y a plus un curé dans chaque commune, les curés ont la charge de plusieurs communes, du coup on ne peut plus être proche des gens comme autrefois, on est moins présent, on partage moins leur vie concrète.

C’est donc un défi à relever pour l’avenir de l’Église : comment rester proches les uns des autres, présents les uns aux autres alors que la vie moderne et l’évolution de l’Église et du monde nous éloigne de plus en plus les uns des autres ? Je crois qu’il faudrait dans nos communautés créer et multiplier des temps de partage fraternel où l’n se donne des nouvelles concrètes des uns et des autres.

  • Amitié et bonté : pour moi être un prêtre-pasteur ce n’est pas être un chef qui donne des ordres mais un ami qui crée des relations fraternelles avec des gens à l’image de Jésus disant à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître ! »

Être un prêtre-pasteur, c’est vivre l’amitié, la fraternité avec ceux qu’on rencontre et c’est être bon envers tous. Ce n’est pas être un représentant d’une institution rigide qui exclut ceux qui ne sont pas dans les normes exigées, c’est être accueillant envers tous, tolérant. Le pape François rappelle souvent que l’Église n’est pas une administration ni une douane qui fouille dans la vie des gens pour interdire le passage à ceux qui ne sont pas dans les règles ; l’Église c’est une mère qui aime tous ses enfants. Jésus lui-même s’est montré accueillant et bon pour tous puisqu’il a accueilli les publicains et les pécheurs et même mangé avec eux, au grand scandale des pharisiens défenseurs stricts de la loi Juive qui interdisait de fréquenter ces gens-là. Pour Jésus, être un bon pasteur ce n’est pas juger et condamner la brebis perdue, c’est aller à sa recherche et la ramener vers le troupeau quitte à abandonner pour un temps les 99 autres brebis fidèles.

L’Église actuellement est une institution bien moins puissante et bien moins influente qu’avant. Si elle veut avoir un bel avenir, il faut qu’elle remplace sa puissance institutionnelle d’autrefois par sa capacité relationnelle, sa capacité de créer des relations fraternelles. Pour cela, à nous tous de faire preuve d’amitié et de bonté envers tous ceux que nous rencontrons pour leur donner l’envie de rencontrer le Christ Bon Pasteur, ami de tous et bon envers tous même et surtout envers les brebis perdues.

  • Coresponsabilité et communauté : j’ai été ordonné prêtre dans la dynamique du Concile Vatican II qui a invité tous les baptisés et notamment tous les laïcs à prendre leurs responsabilités dans l’Église. Pour moi donc être un prêtre-pasteur dans la ligne du Concile ce n’est pas tout faire mais faire avec, faire avec toutes les équipes qui animent les paroisses : équipes liturgiques, funérailles, baptêmes, mariages, catéchèse, aumônerie des jeunes, service évangélique des malades, etc… Jésus lui-même n’a pas été un pasteur solitaire mais il a formé ses apôtres, les douze pour qu’ils prennent leurs responsabilités dans l’annonce de l’Évangile. Tous les prêtres de ma génération ont dépensé beaucoup de temps et d’énergie pour trouver, appeler, former tous les responsables d’équipes de toute sorte qui assurent depuis des années la mission de l’Église, mais à l’heure actuelle nous avons du mal à trouver la relève dans les générations plus jeunes, pour remplacer ceux qui ne peuvent plus à cause de l’âge assurer leur mission. C’est un sacré défi à relever ! Personnellement, j’ai toujours cherché à renouveler les équipes pastorales. Dans mes paroisses actuelles, il y a un certain renouvellement, c’est loin d’être suffisant mais ça me réjouit car ça permet de regarder l’avenir avec confiance. Renouveler les responsables mais aussi renouveler la vie communautaire : c’est un autre défi à relever. Le bon pasteur veille à ce que son troupeau ne se disperse pas dans les sens mais reste bien regroupé, bien uni. Or aujourd’hui nous sommes dans un monde où il y a de plus de plus de dispersion. Autrefois les gens vivaient à l’échelle de leur village, de leur commune, ils se connaissaient tous, ils partageaient la même vie et se retrouvaient à l’église le dimanche : ce n’était donc pas difficile de faire communauté car la communauté chrétienne correspondait à une vie commune naturelle. Maintenant la communauté chrétienne correspond à une volonté. Si on n’a pas la volonté de construire des communautés chrétiennes fraternelles, petit à petit il n’y aura plus de communauté chrétienne visible et notamment plus de paroisse. Or, j’ai vu ces dernières années, dans mes paroisses, dans d’autres paroisses, se développer les temps communautaires, les dimanches fraternels, notamment où les chrétiens passent toute la matinée ensemble en partageant sur l’Évangile du dimanche, en célébrant l’eucharistie, en prenant un temps de convivialité, le repas ensemble par exemple. Pour moi être un prêtre-pasteur aujourd’hui désireux d’unifier son troupeau trop dispersé, c’’est encourager tous les temps communautaires qui construiront de vraies communautés chrétiennes fraternelles et spirituelles.
  • Proximité et fidélité, amitié et bonté, coresponsabilité et communauté, voilà pour moi les maîtres-mots que j’ai essayé de vivre pour être un prêtre-pasteur au service du Christ Bon Pasteur mais j’en rajouterai un septième, qui est à la source de tous les autres : c’est le mot « spiritualité ». Oui pour moi on ne peut pas être image du Christ Bon Pasteur sans s’attacher à lui, sans se nourrir de Lui, sans se laisser transformer par Lui, par une réelle vie spirituelle. Cela suppose qu’on prenne chaque jour de longs temps de prière, qu’on médite personnellement l’Évangile, qu’on fasse des efforts de vie pour mettre l’Évangile en pratique dans notre vie, qu’on partage l’Évangile avec d’autres ; cela suppose évidemment aussi qu’on célèbre quotidiennement la messe pour se nourrir du Pain de Vie, qu’on laisse le Christ nous habiter et nous animer. Non on ne peut pas être un prêtre-pasteur sans une forte spiritualité, un grand attachement au Christ. À mon avis plus le monde se déchristianisera, s’éloignera de la foi, plus les chrétiens, à plus forte raison les prêtres, devront s’attacher au Christ et témoigner du bonheur inouï de vivre de sa vie.

En ce dimanche des vocations, ne nous contentons pas de méditer pour voir comment le Christ est notre Bon Pasteur, comment il est attaché à nous son troupeau, voyons plutôt comment nous-mêmes nous attacher de plus en plus à Lui pour témoigner de Lui chacun selon notre propre vocation.

Amen !

Père René PICHON