Homélie du dimanche 2 Mai 2021 5e dimanche de Pâques

C’était hier la fête du travail et je voudrais ce dimanche vous parler justement du travail, pas du travail professionnel, ce n’est pas ma compétence, mais du travail spirituel.

Oui la vie spirituelle, c’est un travail, un travail sur soi, sur notre âme, notre vie intérieure, ou si vous le préférez c’est un sport, que j’appelle le sport de l’âme. Pour avoir une vraie vie spirituelle avec le souffle, la force de l’Esprit Saint, travaillons notre âme autant que les sportifs travaillent leur corps. Mais comme l’Évangile de ce dimanche nous parle de la vigne, je vous propose aujourd’hui de travailler votre âme comme les vignerons travaillent leur vigne.

  • Le travail de la vigne, c’est un travail toute l’année depuis la taille en hiver jusqu’aux vendanges en automne, et ensuite c’est le travail du vin, la mise en bouteille, la vente, le commerce, ça ne finit jamais. 

La vie spirituelle comme la vigne et le vin c’est un travail qui ne finit jamais, pas de relâchement possible. Ne nous relâchons donc jamais dans nos efforts de prière, de méditation, dans nos efforts de vie pour vivre les valeurs de l’Évangile qu’on a du mal à vivre. Comme le dit Saint Pierre dans sa deuxième lettre, si vous voulez avoir une vraie vie spirituelle « redoublez d’efforts pour confirmer l’appel et le choix dont vous avez bénéficié ; ainsi vous ne risquez pas de tomber » 2P1.10 Redoublons donc d’efforts sans cesse, travaillons sans relâchement notre vie spirituelle.

  • Le travail de la vigne, c’est d’abord la taille : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage ! » vient de dire Jésus.

Tailler notre âme, c’est couper, arrêter nos pulsions négatives, nos désirs négatifs, nos désirs destructeurs, les désirs malsains, impurs, les désirs de faire le mal ou de faire du mal, les désirs égoïstes, les désirs de possession, de domination, etc… Tailler notre âme, c’est donc sans cesse faire œuvre de discernement : « Mes désirs sont-ils bons, positifs, constructifs ou mauvais, négatifs, destructeurs ? » L’homme est un être de désir, le désir c’est l’élan vital, l’élan qui fait vivre. Sans désir, on ne vit plus, on végète, on s’étiole, se dessèche, on devient un sarment sec bon à brûler. Il faut donc désirer mais pas désirer n’importe quoi n’importe comment, il faut tailler nos désirs pour qu’ils soient des désirs fructueux, des désirs d’amour, de joie, de paix, de pureté, de bonté, de bienveillance, de foi, d’espérance, … des désirs d’élévation, de sanctification, de perfection. « Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait » nous dit Jésus dans le Sermon sur la montagne : c’est là le sommet de nos désirs. Tailler notre âme, c’est désirer la perfection de Dieu.

  • Le travail de la vigne, c’est aussi le labourage, le piochage : pour que la vigne soit fructueuse il faut la labourer, piocher le terrain où elle pousse, c’est-à-dire l’approfondir pour faire apparaître la bonne terre. Labourer notre âme, piocher notre âme, c’est approfondir sans cesse notre vie spirituelle, aller toujours plus profond, c’est-à-dire chercher à toujours faire mieux, à progresser sans cesse. On peut toujours approfondir notre prière, approfondir notre foi, notre amour, notre espérance, notre joie, notre paix intérieure. Labourer notre âme, c’est sans cesse faire le point sur notre vie spirituelle, sur notre manière de vivre l’Évangile, c’est sans cesse chercher à faire mieux au lieu de nous contenter d’une vie superficielle. On peut toujours faire mieux pour aimer non en paroles et discours mais par des actes et en vérité, pour grandir dans la foi et mieux nous aimer les uns les autres comme le demandait Saint Jean dans la 2e lecture !
  • Travailler la vigne, c’est au moment voulu l’attacher. Quand les pousses commencent à grandir, quand la végétation commence à se déployer, il faut attacher les sarments au fil de fer qui va les soutenir et leur permettre de grandir comme il faut et de ne pas aller dans tous les sens. 

Attacher notre âme, c’est l’attacher à tous ceux qui nous soutiennent, nous aident dans notre vie spirituelle, les personnes avec qui on peut prier et partager, les communautés, les équipes qui nous portent et nous stimulent, les accompagnateurs spirituels qui peuvent nous conseiller, nous diriger, nous « coacher » comme l’on dit actuellement. Pour avoir une vraie vie spirituelle, on ne peut rester seul avec soi-même car on risque de tourner en rond, il faut le soutien de personnes, d’équipes, de communautés qui à la fois nous stimulent et à la fois nous permettent de rester sur le bon chemin, la bonne dynamique. Par delà ce soutien humain des autres dont on a tous besoin le plus grand soutien évidemment c’est celui du Christ : c’est à lui qu’il faut s’attacher de plus en plus si on veut être une vigne fructueuse et c’est ce qu’il nous demande ce dimanche : « Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même vous non plus si vous ne demeurez pas en moi. » Pour s’attacher au Christ au point de demeurer en lui et lui en nous, il faut s’attacher à sa Parole en la méditant jour et nuit et en la mettant en pratique et il faut s’attacher aux sacrements, surtout au sacrement de l’Eucharistie : c’est par les sacrements et surtout l’eucharistie que le Christ nous attache de plus en plus à Lui au point de nous faire vivre de sa vie. Oui, pas de vie spirituelle forte sans cet attachement corps et âme au Christ et sans le soutien de personnes et groupes qui nous portent et nous stimulent.

  • Travailler la vigne, c’est évidemment la soigner quand elle est malade ou pour qu’elle ne soit pas malade et c’est là le gros travail des vignerons tout l’été : le sulfatage. Les vignerons le savent tous : plus ça va, plus il faut sulfater car il y a de plus en plus de maladies.

Soigner notre âme, la guérir même quand elle est malade, c’est régulièrement faire son examen de conscience, regarder tout ce qui nous coupe du Christ, tout ce qui fait de nous des sarments secs : l’égoïsme, la méchanceté, l’agressivité, la colère, la tristesse, le pessimisme, l’impatience, le doute, l’indifférence, l’avarice, la paresse, l’orgueil, le mensonge, etc…, j’en passe. Prendre conscience de tout cela, ce n’est pas nous culpabiliser, ou nous donner mauvaise conscience, c’est faire la vérité pour prendre un nouveau départ en demandant pardon à Dieu, en accueillant la grâce de son pardon qui nous donne l’élan du renouveau intérieur, de la conversion, du changement de vie, l’élan d’un cœur nouveau, d’un esprit nouveau, d’une santé spirituelle retrouvée.

  • Travailler la vigne, travailler à la vigne, c’est enfin bien sûr vendanger, récolter les fruits, les raisins, pour en faire le vin nouveau et goûter au moment voulu le bon vin, « qui réjouit le cœur de l’homme » comme le dit le psaume.

Vendanger notre âme, c’est reconnaître et goûter tout ce que nous faisons de bien, de beau, de bon, c’est nous réjouir et rendre grâce à Dieu pour l’amour, la foi, l’espérance que nous vivons, pour tous les fruits de l’Esprit Saint que nous portons. Ne faisons pas de fausse humilité, soyons sans complexe, chaque jour, chaque soir prenons le temps de regarder tout ce qui nous élevés vers Dieu, tout ce qui nous a ouverts aux autres dans un amour sincère, tout ce qui a été positif dans notre vie. Ce regard positif, cette joie, cette action de grâces nous construirons, nous dynamiserons, nous donneront l’envie, l’élan de travailler encore plus, encore mieux notre vie spirituelle. Quand la récolte est abondante et que le vin est bon, le vigneron repart, plus motivé que jamais, travailler à sa vigne. Plus nous goûterons les fruits d’une vraie vie spirituelle, plus nous aurons l’envie et la force de travailler notre âme comme le vigneron travaille sa vigne. C’est à ce cercle vertueux que je vous invite aujourd’hui : travaillons toujours plus notre âme pour toujours mieux goûter les fruits d’une vraie vie spirituelle. Goûtons toujours mieux les fruits de l’Esprit en nous pour avoir toujours l’envie et la force de mieux nous travailler spirituellement. 

Amen !

Père René Pichon