Homélie du dimanche 4 Juillet 2021

Je voudrais méditer avec vous aujourd’hui sur cette affirmation paradoxale de Paul dans la deuxième lecture : « C’est quand je suis faible que je suis fort ! » En quoi les faiblesses de Paul sont devenues sa force ? En quoi nos propres faiblesses peuvent devenir notre force ?

  • Saint Paul a fait l’expérience de la faiblesse physique : « J’ai reçu dans ma chair une écharde. » affirme-t-il. La chair, c’est le corps, le physique. Quelle était donc le problème physique de Paul qui l’empêchait de se ˝surestimer ˝ comme il le dit, de faire le malin, de se croire fort et puissant ? Était-ce une maladie chronique, un handicap ou un complexe : certains exégètes parlent d’un bégaiement possible ou d’une petite taille ? On ne sait pas mais peu importe, l’essentiel c’est de savoir qu’à cause de ce problème physique, Saint Paul ne comptait pas sur sa santé et sur ses forces physiques pour remplir sa mission mais sur la force de Dieu, la puissance de Dieu agissant en lui et par lui « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » 

Comme Paul, nous faisons tous un jour ou l’autre l’expérience de notre faiblesse : physique maladie, vieillesse, fatigue, épuisement, nous prenons alors conscience que nous ne pourrons peut-être plus faire tout ce que nous avons fait jusqu’à présent, cela peut évidemment nous décourager, nous déprimer, nous faire dire : « Je suis perdu. » Mais on peut aussi transformer cette faiblesse en force : la force que donne la confiance en Dieu en disant : « Seigneur, je vois mes limites, je ne pourrai plus faire tout ce que j’ai fait. Alors je te dis ma confiance, aide-moi à faire tout ce que je peux encore faire, tout ce que tu veux que je fasse. Je me remets entre tes mains, je m’abandonne à toi, je lâche prise, ce n’est pas avec mes forces que je ferais ce que tu me demandes mais avec ta force. Merci Seigneur, je te dis ma confiance ! »

  • Saint Paul a fait l’expérience de la faiblesse morale, d’un certain découragement face aux difficultés de la mission, aux oppositions de toute sorte, et d’une certaine déception face à l’abandon de ses proches. Aujourd’hui à la fin de la deuxième lecture il énumère quelques-unes des difficultés et des oppositions qu’il rencontre : « J’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes » ! Dans un autre passage, il dit sa déception par rapport à ses proches qui ne l’ont pas soutenu dans ses difficultés : « La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que cela ne soit pas retenu contre eux. Le Seigneur lui m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que, par moi, la proclamation de l’Évangile s’accomplisse jusqu’au bout. » 

Quand nous-mêmes nous sommes découragés par les difficultés de la vie, les oppositions de toute sorte, quand nous sommes déçus par nos proches, quand nous avons l’impression d’être abandonnés de tous même de nos proches, ne nous laissons pas aller, ne nous laissons pas écraser ! Comme Paul, au lieu de ruminer nos découragements et nos déceptions, faisons un acte de foi : regardons comment le Seigneur est là en nous, comment il nous réconforte par sa Présence, nous ˝assiste˝, nous soulage, nous redonne le moral et l’espérance qui fait dire comme Saint Paul : « Si Dieu est avec nous, qui sera contre nous… J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits, ni les puissances, ni le présent, ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux ni les abîmes, ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur. » Rom 8, 31b, 38-38

Oui, quand nous nous sentons faibles moralement, regardons avec les yeux de la foi comment Dieu est en nous, comment il nous donne le réconfort de sa Présence et la force de l’Espérance.

  • Saint Paul fait l’expérience de la faiblesse spirituelle : l’écharde dans la chair, ce sont peut-être les tentations récurrentes dont il n’arrive pas à se délivrer, des fautes ou des péchés dans lesquels il retombe tout le temps, de graves problèmes spirituels dont il n’est pas fier et qu’il attribue carrément à Satan : « J’ai reçu une écharde dans ma chair, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m’empêcher de me surestimer. » Dans un autre passage célèbre, Saint Paul affirme ce que nous expérimentons tous et qui caractérise bien notre faiblesse spirituelle à tous : « Misérable homme que je suis : je fais le mal que je ne veux pas faire et je ne fais pas le bien que je veux faire ! » Que faire dans de telles conditions ? La réponse de Saint Paul est claire dans l’Épître aux Galates au chapitre 5 versets 17 et 18 : Ne nous laissons pas conduire par notre nature humaine, ˝la chair˝, mais par l’Esprit ! « Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint et vous ne risquerez pas de satisfaire la convoitise de la chair. Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a à un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudrez. Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi. » Quand nous faisons l’expérience de notre faiblesse spirituelle, pour sortir de nos problèmes spirituels, pour progresser spirituellement, ne nous contentons pas de faire des efforts avec notre volonté humaine mais laissons-nous conduire par l’Esprit, le souffle de Dieu : c’est lui qui fécondera nos efforts, nous fera porter tous ses fruits : « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, l’humilité, la foi et la maîtrise de soi. » Gal 5, 22-23

Notre force spirituelle, c’est l’Esprit Saint, le souffle de Dieu qui nous porte vers le bien !

  • Saint Paul a fait l’expérience de la faiblesse missionnaire : sa mission a réussi chez les païens mais a complètement échoué auprès du Peuple Juif, son peuple de chair. Pour certains exégètes, quand Paul parle d’écharde dans la chair, il parle surtout de sa souffrance de n’avoir pas réussi à convertir son Peuple, cet échec est son épine dans le pied. Cette souffrance, c’est celle de Jésus dans l’Évangile de ce dimanche : lui aussi n’arrive pas à annoncer l’Évangile à ses proches, à convertir les gens de son village : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison ! » Nous aussi aujourd’hui, comme Saint Paul, comme Jésus, nous avons du mal à annoncer l’Évangile, à transmettre la foi autour de nous et d’abord à notre famille. Combien de parents à l’heure actuelle souffrent de ne pas voir leurs enfants pratiquer, de voir comment ils ont pris leur distance par rapport à l’Église et à l’éducation chrétienne qu’ils ont reçue ! Notre faiblesse missionnaire à tous est là : la transmission de la foi chrétienne est de plus en plus difficile dans notre société déchristianisée ! Que faire ? Rester humbles, accepter notre échec, nos limites dans la transmission de la foi et prier en disant à Dieu : « Nous avons fait notre travail, à toi de faire le reste Seigneur. Nous avons semé, à toi de faire pousser. Nous avons fait notre possible, à toi de faire l’impossible car tu es Tout Puissant alors que nous sommes faibles et fragiles ! » Dans notre faiblesse missionnaire, que notre force soit celle de l’humilité et de la prière.
  • « C’est quand je suis faible que je suis fort ! » Pour pouvoir dire cela, conscients de toutes nos faiblesses, cultivons en nous la force de la confiance, le réconfort de la Présence de Dieu, la disponibilité à son Esprit plus fort que nous, l’humilité qui accepte et écoute ce que Dieu dit à chacun : « Ma grâce te suffit car ma puissance donne tout sa mesure dans la faiblesse ! »

Amen !

Père René PICHON