Homélie du dimanche 6 Juin 2021, Fête du Saint Sacrement

En cette fête du Saint Sacrement, fête de l’eucharistie, fête de la messe par conséquent, je voudrais vous inviter à faire le point sur notre relation à la messe. On entend souvent dire surtout les jeunes générations : « À la messe, je m’ennuie. La messe ne m’apporte rien ! » ou alors, on l’a entendu pendant cette année de confinement : « Je n’ai pas pu aller à la messe mais la messe ne m’a pas manqué. J’ai prié autrement ! » Que faire pour rendre la messe intéressante, nourrissante et non ennuyeuse ? Pour qu’elle devienne quelque chose d’essentiel : un besoin, le moteur même de notre vie ?

Ma réponse est simple : pour que la messe soit intéressante, nourrissante, pour qu’elle devienne un besoin, quelque chose de vital, il faut la mettre en lien avec notre vie, il faut que toutes les parties de la messe soient mises en lien avec notre vie, éclairent et dynamisent notre vie.

  • D’abord quand on arrive à la messe, au début, à l’accueil, quand on chante le chant d’entrée, pensons à ce qui nous marque présentement dans notre vie : quel évènement, quel projet, quelle rencontre, quelle joie, quelle épreuve, quel souci… Et on dit au Seigneur : voilà ma vie actuelle, c’est dans cette vi- là, concrète, que tu vas venir aujourd’hui. Je viens pour que tu me dises ce que tu veux changer dans ma vie présente, je viens écouter ce que tu veux me dire, je viens recevoir ce que tu veux m’apporter pour m’aider, je viens m’engager envers toi, faire alliance avec toi pour repartir vers une vie meilleure.

Ça c’est le temps de l’accueil, de la mise en route, vient ensuite la démarche pénitentielle. Là encore il faut faire le lien avec notre vie, en faisant un rapide examen de conscience, en nous demandant : « qu’est-ce qui ne va pas très bien actuellement en moi ? Qu’est-ce que je dois changer pour vivre une vie plus chrétienne, plus évangélique, pour avoir plus de foi, de confiance, d’espérance, d’amour, etc… En recevant le pardon, on reçoit l’élan intérieur pour progresser, améliorer notre vie, et ça c’est quand même intéressant !

  • Vient ensuite le temps de la Parole et de l’homélie du prêtre. Même si parfois on entend des textes compliqués ou si on n’arrive pas à suivre l’homélie, à tout comprendre, à tout retenir, l’essentiel c’est d’en retenir au moins une parole, une idée, une phrase qui nous touche et qu’on va essayer de vivre. Aujourd’hui par exemple, tous les textes nous parlent de la messe et de ce qui a préparé la messe, les sacrifices de l’Ancienne Alliance avec Moïse par exemple, c’était la première lecture, le sacrifice du Christ, grand prêtre par excellence, c’était la deuxième lecture, le dernier repas de Jésus où il a institué l’eucharistie, c’était l’Évangile. Quel mot, quelle phrase, quelle idée à retenir et à mettre dans notre vie ? Moi par exemple aujourd’hui je retiens surtout cette phrase de la première lecture : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique ! » C’est ce qu’on devrait tous dire à chaque messe : « ce que tu nous dis Seigneur, nous le mettrons en pratique, nous le ferons ! » Être un chrétien pratiquant, ce n’est pas seulement aller à la messe, ce qui est bien, c’est mettre en pratique, vivre, mettre dans notre vie tout ce qui est dit à la messe !
  • Après le temps de la Parole, vient le temps de la profession de foi où nous redisons tout simplement que nous croyons en Dieu, en sa Présence, en son action en nous, dans le monde, dans l’histoire mais vient surtout le temps de la prière universelle où nous écoutons les intentions que la paroisse propose, où nous les faisons nôtres, où nous pouvons ajouter en silence nos propres prières personnelles. Oui pour que la prière universelle soit intéressante, demandons-nous toujours : « et moi aujourd’hui pour qui j’ai envie de prier ! »
  • Je n’insisterai pas sur l’offertoire, l’offrande du pain et du vin, qui représente notre vie et la vie du monde, car c’est le moment où l’on peut repenser à ce qui marque présentement notre vie comme on l’a fait au début de la messe, et à ce qui marque la vie du monde comme on l’a fait à la prière universelle. La seule différence, c’est que cette vie personnelle et cette vie du monde auxquelles on pense, on les offre, on les donne au Seigneur pour qu’il vienne les remplir de sa Présence.

La messe, ce sont des pensées, des prières, des paroles, des gestes, mais aussi des attitudes. Si on reste assis pendant le temps de la Parole, sauf au moment de l’Évangile ; après l’offertoire, on se met debout pour remercier, louer, bénir, chanter le Seigneur avec la préface et le sanctus. C’est le moment de se demander : quels mercis ai-je envie de dire au Seigneur aujourd’hui ?

  • Puis nous arrivons au cœur de la messe : la consécration et la communion. Le prêtre redit au nom du Christ les paroles qu’il a prononcées et refait les gestes qu’il a fait lors de son dernier repas comme l’a rapporté Marc dans l’Évangile de ce dimanche : « Pendant le repas, Jésus, ayant pris le pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, versé pour la multitude. »

Les deux mots importants dans ces paroles, que le prêtre prononce au nom du Christ, c’est ″mon corps” et ″l’Alliance″. Le corps c’est le signe de notre présence, nous sommes présents là où est notre corps. Quand le prêtre dit au nom du Christ, à la consécration, c’est mon corps″, il faut penser que le Christ est vraiment là, se mettre en sa Présence, vraiment se recueillir, se concentrer, s’ouvrir à cette Présence, la goûter. Puis quand le prêtre nous donne la communion en disant ″le corps du Christ″, il faut cette fois accueillir la Présence Vivante du Christ en nous, dans notre cœur, dans notre intimité la plus profonde, la goûter dans un cœur à cœur avec le Christ, se laisser habiter, remplir par cette Présence.

Cependant cette rencontre intime ne doit pas rester statique mais être dynamique : on ne doit pas se contenter de se sentir bien là avec le Christ en goûtant sa Présence, on doit faire alliance avec Lui, c’est-à-dire s’engager avec Lui à vivre tout ce qu’on a promis de vivre durant la messe, notamment l’amélioration spirituelle qu’on souhaite réaliser, la mise en pratique de la Parole de Dieu qui nous a touchés, la communion avec tous ceux qu’on a portés dans notre prière. Plus on se remplit de la Présence du Christ et plus on fait alliance avec Lui pour une vie spirituelle meilleure, plus notre messe sera riche, intéressante, nourrissante mais il faut bien les deux : la mise en Présence et l’Alliance, l’engagement pour une vie meilleure.

  • Enfin on arrive à la fin de la messe : l’envoi : « Allez dans la Paix du Christ ! » On est alors invité pas seulement à aller vivre concrètement et quotidiennement ce qu’on a célébré mais aller le porter aux autres. La messe, c’est un cadeau, un trésor qu’on doit partager avec les autres. Cette vie du Christ qu’on reçoit à la messe pour la vivre dans notre vie, on doit la porter aux autres, on doit la rayonner, on doit donner aux autres l’envie de la vivre eux aussi. Si on vit ainsi la messe non seulement elle devient le moteur de notre vie, mais le moteur de la vie des autres : loin d’être ennuyeuse ou inutile, elle devient le bonheur pour nous et pour les autres.

Amen !

Père René Pichon