Homélie du dimanche 23 Mai 2021, Fête de Pentecôte


En ce jour de Pentecôte, mon homélie sera inspirée par ce que m’ont dit les parents et les jeunes de la Profession de Foi que j’ai célébrée ce matin dans la paroisse. Le jour de Pentecôte, le vent et le feu de l’Esprit Saint ont donné aux apôtres l’audace d’ouvrir les portes du Cénacle où ils étaient enfermés par peur des juifs et de proclamer publiquement leur foi au Christ Ressuscité et toutes les merveilles de Dieu.

Aujourd’hui, à la suite des apôtres, avec l’aide de l’Esprit Saint, quelle foi devons-nous professer, quelle foi devons-nous dire et montrer nous-mêmes ?

Pour répondre, je reprends les expressions des parents et des jeunes de la profession de foi.

  • La foi chrétienne, ce n’est pas seulement le fruit de l’éducation chrétienne, c’est une rencontre intérieure avec Dieu, avec le Christ, c’est l’expérience intérieure de la Présence de Dieu et du Christ en nous.

Je cite plusieurs parents et plusieurs jeunes, c’est très beau :

« La foi pour moi, c’est l’expérience de la Présence de Dieu et du Christ mais surtout la source des valeurs que j’essaie de vivre et de transmettre. »

Je reviendrai sur la question des valeurs.

« Je sais qu’il y a en moi cette présence de plus en plus forte que je ressens quand je me pose, quand je prends un moment spirituel gratuit : le Christ est là même quand je n’en ai pas besoin. »

J’ai beaucoup aimé cette réflexion car elle montre que pour ressentir et goûter la Présence de Dieu en nous, il faut s’arrêter, se poser, méditer, prier, goûter l’amour de Dieu. Il ne faut pas se tourner vers Dieu seulement quand on en a besoin mais surtout quand on n’en a pas besoin, gratuitement, pour rien, pour rien d’autre que d’être là avec le Christ, avec le meilleur des amis.

« La foi est pour moi une vision intériorisée de Dieu, une petite flamme intérieure difficile à partager… » Je trouve très belle cette expression : « vision intériorisée de Dieu ». Trop souvent nous avons une vision intellectuelle, abstraite de Dieu, donc Dieu reste loin. Plus on intériorise Dieu, plus il nous habite, plus on le ressent et plus notre foi grandit.

Cette présence de Dieu en nous, c’est la présence d’un ami fidèle c’est la présence du Christ, l’ami intérieur, et Laura, une jeune, affirme : « Il n’y a rien de meilleur qu’un ami fidèle qui sera toujours là pour toi ! »

  • La foi chrétienne, c’est une présence intérieure et c’est aussi un ensemble de valeurs à vivre, donc une ligne de vie, une certaine conduite dans la vie comme l’affirment ces parents :

« Le Christ est pour moi la source des valeurs que j’essaie de vivre et de transmettre. »

« Dieu est pour moi une force, une ligne de vie, le fil conducteur de ma vie. »

« La foi pour moi… est une conduite de vie, le choix de faire le bien et non le mal… »

Les jeunes insistent eux sur Jésus guide et modèle à suivre : « Jésus est venu sur la terre guider les hommes » dit Amélie et Lucie affirme « Jésus me guide dans mes choix pour que je fasse le bien. » Juliette écrit : « Je m’engage à poursuivre la voie de Jésus, à prier, à être plus proche de Dieu… »

Poursuivre la voie de Jésus, se laisser guider par Lui, choisir Jésus comme ligne de vie ou source de valeurs, c’est porter dans la vie concrète et quotidienne les fruits de l’Esprit que Paul a énumérés dans la deuxième lecture : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. » ou selon d’autres traductions : « foi, humilité et maîtrise de soi. » Et c’est refuser le mal, ne pas se laisser piéger par ce que Paul appelle la chair et ses actions : « inconduite, impureté, débauche, idolâtrie, sorcellerie, haines, rivalité, jalousie, emportements, intrigues, divisions, sectarisme, envie, beuveries, orgies et autres choses du même genre. » Quelle belle liste !

Si parfois on tombe dans ces pièges du mal, on peut avec l’Esprit Saint transformer le mal en bien comme le dit Laura : « Quand je suis en colère, je transforme cette colère en joie pour que tout aille mieux. » Voilà un des sommets de la foi chrétienne : transformer le mal en bien dans la conduite de notre vie à la suite de Jésus !

  • La foi chrétienne : une présence, une ligne de vie et des valeurs à vivre, et bien sûr une force pour aller de l’avant et faire face aux difficultés de la vie :

« Dieu est pour moi une force ! »

« Pour moi, c’est dans les difficultés que je m’accroche le plus à la foi. » disent les parents et Arthur fait ce constat : « Jésus nous aide et nous réconforte dans les moments difficiles… »

Tout cela nous fait rejoindre l’Évangile de ce jour de Pentecôte où Jésus nous promet de nous envoyer un Défenseur, donc une force pour nous défendre dans les combats de la vie, face à toutes les difficultés, à toutes les contrariétés, à toutes les adversités : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur. »

En ce jour de Pentecôte, accueillons tous la force de l’Esprit Saint qui nous aidera à nous défendre contre toutes les attaques du mal, contre les malheurs, les catastrophes, les épreuves, les difficultés de la vie, les oppositions, les maladies, les pandémies, les crises sociales, les crises religieuses, etc… Qu’il nous aide à être forts dans la vie et dans la foi !

  • Une présence, une ligne de vie, des valeurs à vivre, une force, la foi est aussi un ensemble de questions qu’il faut se poser et se re-poser sans cesse. Ne nous contentons pas de la foi béate qui croit à tout ce qu’on lui dit sans réfléchir ou de la foi du charbonnier qui croit sans se poser de questions. Ayons une foi intelligente qui se pose mille questions comme celles que les parents m’ont citées :

« J’ai du mal avec la Toute-Puissance de Dieu : pourquoi n’empêche-t-il pas la souffrance, les guerres, la violence, les catastrophes, et tous les malheurs du monde… » « Je me pose des questions sur la foi quand je me pose cette question : « qu’est-ce qu’on fait de notre vie ? »

À vous tous ici présents, je dis ce matin : oui posez-vous des questions, ne vous contentez pas de vos acquis, creusez plus profond… Plus vous vous poserez de questions, plus votre foi s’approfondira, s’élargira, grandira… Même si vous n’avez pas de réponses, surtout si vous n’avez pas de réponses, posez-vous sans cesse de nouvelles questions sur la foi !

  • Une présence, une ligne de vie, des valeurs à vivre, une force, des questions, la foi c’est aussi le doute. Le doute ce n’est pas le contraire de la foi, c’est l’aiguillon de la foi, le coup de fouet de la foi. La foi ce n’est pas évident, on ne voit pas Dieu ni le Christ en direct, c’est donc normal de dire parfois : « Où est Dieu, qu’est-ce qu’il fait ? » La foi ce n’est pas l’aveuglement des fanatiques qui ne doutent jamais, qui sont sûrs d’eux-mêmes, d’avoir la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, du coup ils se croient obliger d’imposer cette vérité aux autres par la pression, le chantage, ou même la force et la violence et l’on voit tous les drames que cela a causés dans l’histoire ou les ravages du terrorisme religieux aujourd’hui. La foi ce n’est pas non plus la foi illuminée qui voit Dieu partout. Non la vraie foi va avec le doute car elle reste humaine, enracinée dans les lenteurs et les limites de notre condition humaine mais ce doute peut être bénéfique, il peut être un tremplin vers une foi plus convaincue de la nécessité de Dieu. Comme le dit cette maman : « Les épreuves m’ont fait douter mais comme c’était trop douloureux de ne pas croire, comme il y avait un vide, je me suis tournée plus jamais vers Dieu. » Que nos moments de doute nous fassent comprendre que seul Dieu peut combler le vide de nos cœurs et le vide de la vie, que seul Dieu est le vrai sens de la vie et celui qui la comble de plénitude.
  • La foi : une présence, une ligne de vie, des valeurs à vivre, une force, des questions, du doute, enfin, un témoignage. Oui la foi, on ne l’a pas pour soi, on l’a pour les autres, c’est une richesse incroyable, mais une richesse à partager : « Vous aussi, vous allez rendre témoignage. » dit Jésus à ses disciples et donc à nous, au début de l’Évangile de ce dimanche.

« Maintenant, c’est à moi de montrer que je crois en Jésus » affirme Juliette, et Lucie résume en une phrase très simple ce qu’est le témoignage des chrétiens : « Comme le sel donne du goût aux plats, les chrétiens donnent du goût à la vie ! » On ne peut mieux dire.

Faire profession de Foi, ce n’est donc pas seulement proclamer les merveilles de Dieu, proclamer que la foi, que Dieu donne du goût à la vie, c’est par nos paroles, par notre exemple, par notre témoignage, par notre qualité de relations, donner du goût à la vie des autres. Comme nous le demande Jésus, avec le souffle de Pentecôte, avec le feu de l’Esprit, soyons donc comme les Apôtres le sel de la terre et la lumière du monde.

Amen !

Père René Pichon