Homélie du dimanche 12 septembre 2021

J’espère que vous pouvez tous dire comme Saint Jacques à la fin de la 2e lecture : « Moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai ma foi ! » En effet être chrétien ce n’est pas seulement avoir la foi et proclamer comme Pierre dans l’Évangile : « Tu es le Christ ! » Être chrétien c’est vivre la foi et pas seulement la dire, Saint Jacques a bien précisé tout à l’heure : « la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte ! » Notre foi est vivante si elle s’exprime par des actes, par des œuvres, lesquelles ?

Je vois personnellement au moins cinq types d’œuvres : les œuvres charitables, les œuvres utiles, les œuvres relationnelles, les œuvres spirituelles, et j’ajouterais surtout en ce début d’année les œuvres paroissiales.

  • Vivons notre foi en pratiquant la charité, ou plutôt car ce mot n’a pas toujours bonne presse aujourd’hui, en pratiquant la solidarité, en ayant le souci des plus pauvres, non pas seul en pratiquant une charité personnelle et paternaliste mais en agissant avec ces innombrables organismes de solidarité, humains ou chrétiens comme le Secours Catholique, le C.C.F.D., Habitat et Humanisme, Saint Vincent de Paul, les Restos du Cœur, la Banque Alimentaire, la Coopération Missionnaire, etc…, etc… Saint Jacques tout à l’heure a donné cet exemple : « Si quelqu’un prétend avoir la foi sans la mettre en œuvre à quoi cela sert-il ?.. ». Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et manger à votre faim. » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? » Cette semaine par exemple, j’ai été invité dans une famille qui accueille une famille d’immigrés au nom de sa foi chrétienne, tant d’autres le font, c’est vraiment mettre en pratique la foi par des œuvres ! 
  • Vivons notre foi en nous rendant utiles aux autres, en nous faisant serviteurs des autres. Chaque jour nous rencontrons des gens, des proches, qui ont besoin de nous, et qui ne sont pas forcément des pauvres, des gens qui ont besoin de parler, d’être écoutés, qui ont besoin d’un service, d’un moment de convivialité, de partage, qui ont besoin d’être encouragés, soutenus dans leurs projets humains ou dans leur foi et leur vie spirituelle, qui ont besoin d’être aidés pour porter leurs croix. Nous avons tous des croix à porter mais nous devons tous aider ceux qui en ont de plus lourdes que nous car la Croix, les croix font partie de la vie, Jésus l’a rappelé dans l’Évangile de ce dimanche : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive ! » Notre vie n’a de sens que si nous sommes utiles aux autres, que si nous nous demandons régulièrement : « à qui suis-je le plus utile ? Qui a besoin de moi ? » Plus nous serons utiles aux autres, plus nous vivrons le vrai bonheur, celui de donner, comme Jésus nous l’a rappelé : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ! »
  • Vivons notre foi en pratiquant les œuvres relationnelles, c’est-à-dire en cultivant les relations, en cultivant l’amitié, la fraternité, le lien social. Nous sommes dans un monde où il y a trop d’individualisme, trop de chacun pour soi ou trop actuellement de liens virtuels, des relations par écrans interposés et non pas des relations directes, de vraies rencontres. Or Jésus a cultivé les vraies rencontres avec ses disciples qu’il prend souvent à part, avec Zachée, la Samaritaine, Marthe et Marie, Marie Madeleine, la Cananéenne, le Centurion, Jaïre, ou même sur la Croix avec le bon larron. Aujourd’hui dans l’Évangile nous avons l’exemple d’une belle et vraie rencontre entre Jésus et Pierre car tous deux se livrent en vérité en disant ce qu’ils pensent l’un de l’autre : leur foi mais aussi leurs reproches mutuels ! Cultiver les relations, les vraies rencontres, c’est la meilleure manière d’être des missionnaires, de rayonner notre foi. Je lisais dans le Croix cette semaine l’interview du Président des Évêques de France Mgr Eric de Moulins-Beaufort, sur la déchristianisation de la France et sur la nécessité de trouver des nouveaux moyens missionnaires pour proposer la foi chrétienne dans notre société sécularisée. La meilleure manière d’être tous des missionnaires, disait-il, c’est la proximité avec les autres, c’est la relation amicale et fraternelle avec notre entourage, c’est la qualité de la rencontre avec les autres, car dans une rencontre profonde on aborde toutes les questions y compris les questions spirituelles !
  • Vivons notre foi en pratiquant les œuvres intérieures, les œuvres spirituelles. Être chrétien c’est agir pour les autres avec charité, agir au service des autres, en leur étant utile, agir avec les autres grâce à de vraies rencontres, de vraies relations, mais c’est aussi agir sur soi, travailler sur soi avec la grâce de l’Esprit Saint pour mettre en pratique toutes les valeurs de l’Évangile. On dit souvent : « Les chrétiens ne sont pas meilleurs que les autres ! » Eh bien c’est dommage ! Certes la vie chrétienne n’est pas une compétition où l’on cherche à être meilleur que les autres pour en tirer une gloire humaine mais c’est un entraînement spirituel, une répétition d’efforts quotidiens pour être meilleur que soi, chercher à progresser sans cesse dans la pratique des valeurs évangéliques. Quand j’étais au petit séminaire, de la sixième à la terminale, on avait tous les 15 jours une rencontre avec notre directeur spirituel pour parler de notre vie et de nos problèmes spirituels. Toutes les rencontres se terminaient par cette question : « Et maintenant quelle résolution prends-tu ? Que vas-tu faire comme effort de vie pour mieux vivre ta foi ? » C’est aussi ce que je demande à tous ceux que j’accompagne spirituellement chaque mois : « Quel effort vas-tu faire, quelle valeur évangélique vas-tu travailler jusqu’à notre prochaine rencontre ? »

La foi avec les œuvres, c’est donc aussi la foi avec le travail spirituel sur soi pour notre progression spirituelle !

  • Vivons aussi notre foi en pratiquant les œuvres paroissiales, c’est-à-dire en soutenant nos communautés paroissiales par notre présence, nos responsabilités, nos engagements car la paroisse, c’est l’Église de la proximité, l’Église qui rend la foi proche de tous, des enfants, des jeunes, des adultes, des personnes âgées, proche de tous les villages, de tous les quartiers, de toutes les conditions sociales, proche de la vie concrète, des plus grandes joies comme des plus grandes peines. La paroisse, c’est l’Église qui montre la foi chrétienne publiquement et en permanence, toute l’année. Montrons notre foi par nos œuvres personnelles de charité, d’utilité, de fraternité, de spiritualité mais aussi par nos œuvres communes, et la plus belle œuvre commune et permanente qui montrera partout la foi chrétienne à tous, croyants ou non, c’est la paroisse. Alors participons aux œuvres paroissiales !

Osons donc dire comme Saint Jacques nous y invite ce dimanche : « c’est par mes œuvres que je montrerai la foi » mais aussi : « c’est par nos œuvres ensemble, en Église et notamment en paroisse, que nous montrerons la foi chrétienne à tous et partout ! »

Amen

Père René Pichon