18ème DIMANCHE du TEMPS ORDINAIRE

Il était fier, cet homme de la parabole, légitimement fier ! Il avait travaillé, sa terre avait produit. Il entasserait son blé, il aurait des réserves pour de nombreuses années. Il pourrait se reposer, jouir de l’existence. Jésus nous parle ainsi d’un riche fermier, tirant de ses biens fonciers un profit croissant. Habile homme d’affaires, il calcule ses revenus et décide de construire de nouveaux entrepôts. Il réinvestit ses bénéfices, au lieu de les partager avec ses ouvriers. Stocker pour se protéger des coups du sort, s’assurer contre les risques et les concurrents. Aujourd’hui comme autrefois, il y a tous ces hommes et ces femmes qui s’efforcent d’exceller dans leur profession sur le dos des autres, qui luttent sans cesse pour gagner plus, pour remporter des marchés, qui sont des « battants » dans notre société compétitive. Mais voilà ! Jésus réagit autrement « gardez-vous, dit-il, de toute âpreté au gain, car la vie d’un homme fut-il dans l’abondance ne dépend pas de ses richesses. » En effet, ce qui intéresse le riche propriétaire de la parabole, c’est simplement avoir, entasser, engranger. De même, ce qui intéresse souvent les hommes et les femmes d’aujourd’hui qui réussissent, c’est non seulement de gagner, d’amasser pour assurer l’avenir, mais surtout d’avoir toujours plus. Dans le monde nous passons souvent notre temps à thésauriser. Tous ces gens ne sont plus eux-mêmes ; ils ne sont plus que ce qu’ils ont : un grenier bien rempli, une bonne situation ou un bon compte en banque, une conscience soi-disant en paix !

Cet homme de la parabole avait peur de manquer, peur de ne pas avoir assez : c’est donc la course au « toujours plus ». Est-il bien nécessaire aujourd’hui d’évoquer la liste de nos peurs collectives ? Si nous ne pouvons pas nous en affranchir, en nommer quelques-unes nous donne du moins quelque lucidité sur le temps que nous vivons. Jamais sans doute au cours de l’histoire de l’humanité, nous n’avons connu globalement plus de prospérité, plus de commodités de vie, qu’aujourd’hui en France. Les plus anciens n’ont pas besoin de remonter loin en arrière pour évoquer le souvenir des misères de la vie. Tant de facilités à vivre pour un certain nombre d’entre nous ne nous empêchent pas d’être rongés par l’angoisse. Est-ce, comme le propriétaire de cet Evangile, parce que nous avons beaucoup à perdre que nous avons tant de peurs ? La couche d’ozone, le réchauffement climatique, les aliments pollués, le cancer, le sida, l’incertitude sur les retraites à venir, l’accompagnement de nos anciens dans leurs dernières années, l’économie soumise aux jeux financiers, le risque du chômage, l’instabilité des familles, l’angoisse du bébé non-conforme, l’anxiété de ne pas réussir à intégrer notre jeunesse, l’extension de l’usage des drogues, la montée de la violence sociale qui détruit, brûle, saccage et violente, les meurtriers aveugles de la conduite automobile… Je m’arrête car vous pouvez très bien compléter cet inventaire en y ajoutant vos peurs particulières. Comment s’étonner que notre temps ait vu se développer le syndrome de l’abri ? L’abri antiatomique pour les plus fortunés, abri de sa haie de thuyas pour le moins riche, abri de ses verrous, de ses assurances, appel à la sécurité publique à tout prix, chasse aux responsables des moindres dysfonctionnements, bref nous mettons en place tous les moyens de fermeture. Nous sommes persuadés que là où les villes fortifiées et les châteaux-forts ont échoué, nous réussirons. Les peurs multiples construisent la peur collective, et la peur enferme.

C’est sur cette inquiétude latente que l’horreur des attentats aveugles vient ajouter ses menaces. Où trouverons-nous la force de faire face aux périls si nous ne pouvons pas nous appuyer sur l’espérance ? C’est cette espérance qui animait le ministère du P. Jacques Hamel quand il célébrait l’Eucharistie au cours de laquelle il a été sauvagement exécuté. C’est cette espérance qui soutient les chrétiens d’Orient quand ils doivent fuir devant la persécution et qu’ils choisissent de tout quitter plutôt que de renoncer à leur foi. C’est cette espérance qui habite le cœur des centaines de milliers de jeunes rassemblés autour du Pape François à Cracovie. C’est cette espérance qui nous permet de ne pas succomber à la haine quand nous sommes pris dans la tourmente. Le Christ nous interpelle : « en ces périodes troublées, que dites-vous de moi à ceux qui vous entourent » ? pour toi, qui suis-je ? Crois-tu en ce Dieu de Miséricorde ou crois-tu en un Dieu qui appelle à la vengeance et à la haine ? La réponse nous appartient et elle déterminera en partie l’avenir de ce monde.

Voici une lettre écrite par des jeunes français qui sont actuellement aux JMJ, lettre adressée au Pape François : « Ce que nous avons vécu au début de ces JMJ nous a bouleversés. Lorsque nous avons appris l’assassinat du Père Jacques Hamel, certains d’entre nous se sont dit qu’ils allaient avoir peur d’aller à la messe. Mais aussitôt, nous avons pensé aussi que ce n’était pas la bonne attitude à avoir. Nous ne voulons pas nous laisser gagner par la peur, la subir, mais continuer d’avancer dans notre foi, sans perdre notre joie. La prière , le Christ lui-même nous aide à chasser la crainte. Nous avons compris que notre seule réponse est de rester unis face à tout cela. De participer à ces JMJ, de prier pour ceux que nous aimons, de soutenir nos prêtres. Nous avons eu la chance jusqu’à présent dans notre pays de vivre notre foi comme nous le voulions. Cet événement nous fait prendre conscience que des chrétiens meurent tous les jours, au Proche-Orient notamment, et nous sentir davantage solidaire d’eux … Saint-Père, nous aimerions que vous priiez pour nous. Encouragez-nous à ne pas perdre notre foi, à rester dans la joie, envers et contre tout. Rassurez-nous en nous donnant de l’espérance. Montrez-nous la bonne attitude à avoir dans ce monde si difficile. Encouragez les français à organiser des démarches communes de prière, de partage. Oui, donnez-nous l’Espérance qui vient du Christ ! ».