22ème DIMANCHE du TEMPS ORDINAIRE

Notre richesse, dans la foi, se situe au niveau de notre cœur. Dieu le Père, par son Fils et dans l’Esprit, a choisi d’élire sa résidence en cet endroit précis. Le cœur, lieu de nos sentiments, de nos émotions est devenu par excellence l’habitation de Dieu sur notre terre. Il vit en chacune et chacun de nous. Nous sommes sa propre résidence. Et lorsque Dieu a choisi d’emménager en nous, il n’est pas venu les mains vides. Il avait apporté ses propres caisses et cartons. Ils contiennent une bonne dose de tendresse, des regards d’amour, des gestes tout en douceur, des mains tendues à la fragilité, des paroles où les mots ne riment qu’avec l’amitié divine. En chacune et chacun de nous, par le biais de l’Incarnation, Dieu a déposé un énorme trésor. Non pas un trésor humain, c’est-à-dire un trésor à amasser puis à cacher, tellement nous aurions peur de nous le faire voler. La logique de Dieu va bien au-delà de la nôtre. Le trésor divin de la foi ne s’accroît qu’en se donnant, c’est le sens de la phrase de Jésus : « quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ». Plus nous le donnerons autour de nous, plus il deviendra important. Voilà ce à quoi, toutes et tous nous sommes appelés. Il est là l’appel du Christ dans cet Evangile : « quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé ! », c’est la clef de notre vie chrétienne !

Le cardinal Albino Luciani, futur pape Jean-Paul Ier, recommandait de faire ce petit test : quand on nous présente la photographie de groupe où nous avons posé, quelle est la frimousse sympathique, attrayante que nous allons chercher ? C’est difficile de l’avouer, mais c’est la nôtre. Cela s’appelle de l’égocentrisme ou du nombrilisme…Il faut savoir que nous souffrons tous du nombrilisme et le fait de se regarder le nombril, engendre une autre maladie, on n’arrête pas de se plaindre, c’est ce que certain appelle l’aquoibonite. L’aquoibonite consiste en des sentiments de tristesse, de découragement, de mal-être. Le sujet atteint est grincheux, se plaint de tout : « à quoi bon vivre ? », « à quoi bon entreprendre un travail ? », « à quoi bon sortir de chez soi ? ». Des remèdes existent : Jésus nous en donne : « quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et tu seras heureux … ». St Vincent de Paul conseillait à ceux qui souffraient d’aquoibonite : « Sors de toi-même, arrête de regarder ton nombril et donne ! ». Donner un coup de fil à une personne malade, rendre visite à une personne isolée, écrire une lettre, rejoindre un groupe dans la paroisse, autant de gestes qui chassent les sentiments poisons d’inutilité, d’incapacité et qui redonnent confiance.

On raconte qu’à l’époque du rideau de fer, un dissident russe avait réussi à venir en France. Aussitôt, il est sollicité pour une conférence de presse. Un journaliste lui demande : « Pouvez-vous nous parler de la télévision ? On dit qu’en URSS, c’est la pensée unique. Est-ce vrai ? » Et le dissident répond : « En ce qui concerne la télévision, il ne faut pas se plaindre ! »Un autre l’interroge encore : « Bon, mais en ce qui concerne l’industrie, on dit que c’est anarchique et très désorganisé. Qu’en pensez-vous ? » Le dissident répond : « En ce qui concerne l’industrie, il ne faut pas se plaindre ! » Un autre essaie encore une question : « Alors, pourriez-vous nous parler de l’économie, on dit que c’est le règne de la corruption. » Nouvelle réponse : « Pour l’économie, il ne faut pas se plaindre ! »

Les journalistes se demandent s’il ne connaît que cette réponse… Par délicatesse, un journaliste se dévoue encore pour lui poser une question de plus : « Et au niveau du nucléaire ? On dit que trop peu de précautions sont prises ? » Le dissident répond encore : «Au niveau du nucléaire, il ne faut pas se plaindre ! »  Finalement, un journaliste excédé par ses réponses lui dit : « Mais enfin, si en URSS, il ne faut pas se plaindre, pourquoi en êtes-vous sorti ? Pourquoi venez-vous en France ? » Et le dissident répond : « Justement, parce qu’ici on peut se plaindre. »Aujourd’hui, ces prochains jours, nous allons entendre des personnes se plaindre. Peut-être pourrions-nous nous fixer une résolution : ne pas trop vite dire : « C’est comme moi… » Et embrayer sur nos propres malheurs… La personne n’attend pas que nous nous racontions… Quand on revient de Lourdes ou d’un hôpital, on dit facilement : « On ne devrait jamais se plaindre… » Et puis notre résolution s’effiloche vite. Ne nous plaignons pas trop vite, mais faisons aux autres le cadeau d’écouter leurs plaintes, d’écouter ce qu’ils ont à nous raconter ! Oui, écouter est peut-être le plus beau cadeau que nous puissions faire à quelqu’un. Ecouter comme le Christ n’a cessé de le faire durant sa vie et comme il ne cesse de le faire avec nous jour après jour ! Jésus ne disait pas « Faites attention à ce que vous dites, à ce que vous faites » mais disait « prenez garde à la manière dont vous écoutez ! » (Luc 8,18).

L’évangile de ce jour nous invite à vivre un chemin d’introspection. Jésus nous convie à ce chemin de vérité. Suis-je en accord avec moi-même ? Suis-je juste dans mes relations, dans mes paroles, dans mon écoute, dans ma façon d’être au service ? Comme l’évangile nous l’a dévoilé aujourd’hui, Dieu semble ne pas aimer l’hypocrisie. Il attend de nous une certaine vérité. Que jamais nous n’oublions que la foi ne se contente pas seulement de bons sentiments. Elle se traduit dans nos actes et nos attitudes. Que l’Esprit Saint en ce mois de rentrée nous aide à nous renouveler et à faire du neuf dans nos vies !

Père Jérôme Martin