SOLENNITE DE L’EPIPHANIE

 

 L’homme contemporain est hanté par de nombreuses questions : notre terre est-elle seulement une grande scène où nous jouons nos tragi-comédies … quand il laisse là son télescope et arrête ses machines, le plus grand savant se retrouve seul et il sait que les étoiles ne lui donneront jamais la réponse que son cÅ“ur cherche dans la nuit. Mais où es-tu, Dieu ? Nous ne croyons plus que tu te confonds avec les coups de tonnerre et les forces de la nature qui épouvantaient nos ancêtres. Nous ne croyons pas qu’il suffirait de calculer un horoscope pour enfin connaître la recette du bonheur. Où es-tu ? Comment donc faut-il vivre ? Un jour, des mages – ces astronomes de l’antiquité orientale- comprirent qu’il fallait chercher la solution de leur désir profond non en-haut dans les astres mais sur la terre. Et ils se mirent en route, sous les moqueries sans doute de leurs confrères. Ils allèrent d’abord au palais, dans le lieu du pouvoir : est-ce que le roi – ou l’empereur, ou la star, ou le philosophe ou tout autre spécialiste d’une science nouvelle – pouvait répondre à leur quête ? Seul un vieux livre semblait annoncer que la lumière viendrait d’un village perdu de Judée…. Etait-ce crédible ?…Néanmoins les voyageurs décidèrent de s’y rendre et là, à Bethléem, ils découvrirent une famille modeste, un homme, une femme et leur nouveau-né. Pas de prodige surnaturel, pas d’extase ni d’auréole. Mais là, tout à coup, les mages comprirent et s’agenouillèrent devant cet enfant.

Habitués à s’émerveiller devant les splendeurs du cosmos, voilà qu’ils découvraient  » le fils de l’homme » qui était la Manifestation, l’EPIPHANIE de Dieu ! Alors ils offrirent leurs cadeaux : l’or que l’on offre à son Seigneur, la myrrhe qui est l’aromate de l’amour et l’onguent de la mort, et enfin l’encens que l’on brûle pour adorer son Dieu. Après 2000 ans, il n’est pas d’autre démarche ni pour le savant le plus génial ni pour nous.

Il faut oser – et Dieu sait que c’est dur dans une société qui nous propose le relativisme « tout se vaut » et la confusion dans nos coeurs – se mettre en route, prendre l’initiative, refuser l’endormissement du conformisme, fût-ce sous les quolibets de la famille et les sarcasmes des collègues. Cessant de croire aux contes de fées des palais et de tous les lieux qui prétendent livrer les clefs du bonheur, il faut s’enfoncer dans la nuit afin de chercher ce Jésus-Sauveur, un Vivant que nous avons trop longtemps enveloppé dans les bandelettes des idées. Si tu as la grâce de le découvrir, alors fais-toi tout petit devant lui – même et surtout si tu détiens argent et diplômes -, mets-toi à genoux.

Tu es gêné par tes souillures ? Son regard t’en délivrera.

Tu n’as pas de cadeaux à lui apporter ? Ce n’est pas grave. Ce qu’il veut, ce n’est pas ce que tu as, mais ce que tu es. Ce qui le réjouit, c’est que tu sois venu. Que tu le reconnaisses. Que tu acceptes de te laisser aimer et pardonner.

Ecoutez cette histoire : lorsque les 3 rois mages, Balthasar, Gaspar et Melchior, s’inclinèrent devant l’enfant Dieu, ils lui offrirent leurs présents et se retirèrent, parut le quatrième voyageur. Il venait d’un lointain pays sur le bord du Golfe Persique. Lui aussi avait aperçu un soir, l’Etoile inconnue, baignant dans le miroir calme des eaux de la Mer. Il s’était levé et avait tout abandonné, n’emportant que deux perles précieuses et quelques provisions pour la route. En vain ses amis et ses parents cherchèrent-ils à le retenir. Il partit sans se retourner pour trouver le lieu au-dessus duquel brillait l’étoile. Il le découvrit …hélas trop tard. Les trois rois mages étaient venus, avaient laissé leurs trésor et étaient repartis. Il arrivait trop tard, seul …et les mains vides : il n’avait plus de perles …Le cœur gros, il entrouvrit la porte de l’étable. La tête baissée, à genoux, il commença à parler timidement : « Seigneur, je viens bien tard et je n’ai rien à t’apporter. J’avais une offrande pour toi, deux merveilleuses perles de la Mer Persique. Mais voilà, je ne les ai plus …je pressais mon âne tant que je pouvais mais il était fatigué. Alors je me suis arrêté dans une auberge pour y passer la nuit et quand je suis entré dans la salle des voyageurs, il y avait un vieillard étendu sur un banc, tremblant de fièvre. Nul ne savait d’où il était. Sa bourse était vide, on allait le jeter dehors parce qu’il n’avait pas d’argent pour payer la pension et le médecin . Alors…Seigneur, pardonne-moi …j’ai donné une perle à l’aubergiste pour le soigner. Le lendemain, je suis parti bien vite de bon matin. Déjà Béthléem apparaissait mais une légère fumée montait de la ville, comme celle d’un incendie. Oui, c’était les soldats d’Hérode qui venaient d’y mettre le feu. Et je les entendais hurler, vociférer : « A mort les enfants ! » Alors voyant un soldat, je lui donna ma dernière pierre précieuse mais aussi toutes mes provisions de route pour qu’il épargne les enfants. Seigneur pardonne-moi, je suis devant toi les mains vides …je puis tout juste t’offrir cette grappe de raisins prise à ma vigne la plus belle. Les grains en sont un peu fripés, aussi pauvres que la paille sur laquelle je la pose …pardonne-moi ! Un grand silence régna alors dans la grange …et quand le voyageur osa relever son front appuyé contre le sol, il vit le visage de l’enfant qui rayonnait et qui illuminait toute l’étable !

De cette lumière, nous avons tous besoin aujourd’hui pour nos problèmes personnels, pour ceux du monde …car les ténèbres sont aussi présentes dans le monde, dans nos propres cÅ“urs … Je nous souhaite de comprendre les situations dramatiques qui se vivent autour de nous, de les comprendre et d’agir. Je nous souhaite de nous présenter devant le Seigneur les mains vides mais le cÅ“ur heureux d’avoir donné ! Après avoir rencontré Jésus, « les Mages sont repartis par un autre chemin ». Ce sera mon souhait : puissions-nous repartir en 2017 « par un autre chemin ». Tous ceux qui rencontrent le Christ sont voués à un autre chemin, arrachés à leur passé, à leur chemin habituel, à leur routine. Le chemin ouvert par Jésus est toujours nouveau. Je reprends à mon compte cette phrase joliment suggestive « Plus important encore que d’ajouter une année à notre vie, c’est d’ajouter de la vie à notre année ».

   P Jérôme MARTIN